–qui vous fait supposer cela? –je n’en suis que trop certain, monsieur, depuis que vous l’avez

–Peut-etre est-ce un pressentiment, murmura sourdement l’aventurier. –Oh! Ne dites pas cela, monsieur! s’ecria-t-il avec epouvante, la misere est mauvaise conseillere; j’ai ete bien coupable, mais si vous saviez combien je me suis repenti de mon crime.

–Je le sais, et voila pourquoi je vous ai pardonne. Justice sera faite, un jour, du veritable coupable. –Oui, monsieur, et je tremble, moi, miserable, d’etre mele a cette sinistre histoire dont le denouement sera terrible. –Oui, fit avec une energie concentree l’aventurier, bien terrible en effet! Et vous y assisterez, Loick. Le vaquero poussa un soupir qui n’echappa pas a son interlocuteur. –Je n’ai pas vu Dominique, dit-il, en changeant subitement de ton; est-ce qu’il dort encore? –Oh! Non, vous l’avez trop bien instruit, monsieur; il est toujours le premier leve de nous autres. –Comment se fait-il qu’il ne soit pas ici, alors? –Ah! dit avec hesitation le vaquero, il est sorti; dam, il est libre de ses actions, maintenant qu’il a vingt-deux ans! –Deja! murmura l’aventurier d’une voix sombre. Puis, secouant brusquement la tete: –Dejeunons! dit-il. Le repas commenca sous d’assez tristes auspices, mais grace aux efforts de l’aventurier, bientot la gaite premiere reparut, et la fin du dejeuner fut aussi joyeuse qu’on pouvait le souhaiter. Tout a coup Lopez entra brusquement dans le rancho. –Senor Loick, dit-il, voici votre fils; je ne sais ce qu’il amene, mais il vient a pied et conduit son cheval par la bride. Chacun se leva de table et sortit du rancho. A une portee de fusil dans la plaine, on apercevait en effet un homme conduisant un cheval par la bride; un fardeau assez volumineux etait attache sur le dos de l’animal. La distance empechait de distinguer de quelle sorte etait ce fardeau. –C’est etrange, murmura Olivier a voix basse, apres avoir pendant quelques minutes attentivement examine l’arrivant, serait-ce lui? Oh! Je veux m’en assurer sans retard. Et apres avoir fait signe a Lopez de le suivre, l’aventurier se precipita par les degres, laissant abasourdis le vaquero et les deux femmes qui l’apercurent bientot courant, suivi de Lopez, a travers la plaine, a la rencontre de Dominique.

Celui-ci avait apercu les deux hommes et s’etait arrete pour les attendre. [Footnote 1: Prononcez Chelhoua. ] VIII LE BLESSe Un calme profond regnait dans la campagne; la brise nocturne s’etait eteinte.

Nul autre bruit que le susurrement continu des infiniment petits, qui travaillent sans cesse au labeur inconnu pour lequel ils ont ete crees par la providence, ne troublait le silence de la nuit; le ciel d’un bleu sombre n’avait pas un nuage; une douce et penetrante clarte tombait des etoiles, et les rayons lunaires inondaient le paysage de lueurs crepusculaires qui donnaient aux arbres et aux monticules dont ils allongeaient demesurement les ombres tranchees, des apparences fantastiques; des reflets bleuatres semblaient filtrer dans l’atmosphere dont la purete etait telle, qu’on distinguait facilement le vol lourd et saccade des coleopteres qui tournaient en bourdonnant autour des branches; ca et la des lucioles fuyaient comme des farfadets dans les hautes herbes qu’elles illuminaient au passage de le site lueurs phosphorescentes.

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