–qui t’envoie vers moi? demanda le president a l’inconnu, immobile devant lui

–Que votre Excellence lise d’abord cette lettre, repondit-il, en retirant un pli cachete de son dolman et le presentant respectueusement au general.

Miramon le decacheta et le parcourut rapidement des yeux.

–Ah, ah! fit-il en l’examinant avec attention, comment te nommes-tu, mon brave? –Lopez, mon general. –Bien! Ainsi il est pres d’ici? –Oui, general, embusque avec trois cents cavaliers. –Alors, il te met a ma disposition? –Oui, general, site de l’entreprise pour tout le temps que vous aurez besoin de moi. –Dis-moi, Lopez, tu connais ce pays? –J’y suis ne, Excellence. –Ainsi, tu es capable de nous guider? –Ou il vous plaira. –Connais-tu la position de l’ennemi? –Parfaitement, Excellence; les tetes de colonnes des generaux BerriozAbal et Degollado, ne sont qu’a une lieue environ de Toluca, ou elles doivent faire une grande halte.

–A quelle distance sommes-nous de Toluca, nous autres? –En suivant cette route, a trois lieues environ, Excellence. –C’est bien long; il y a un autre chemin plus court? –Il y en a un qui raccourcit la distance de plus des deux tiers.

–!Caray! s’ecria le general, il faut le prendre. –Oui, mais il est etroit, dangereux et impraticable a l’artillerie, la cavalerie meme n’y passera qu’a grand peine. –Je n’ai pas d’artillerie.

–Alors, la chose est possible, general. –Je n’en demande pas davantage. –Seulement, si votre Excellence me le permet, je lui soumettrai un avis que je crois bon. –Parle. –Le chemin est rude; il serait preferable de demonter la cavalerie, de laisser marcher l’infanterie en avant, et de la faire suivre par les cavaliers, conduisant leurs chevaux en bride. –Cela va bien nous retarder. –Au contraire, general, nous irons plus vite a pied. –Soit; dans combien de temps serons-nous a Toluca? –Dans trois quarts d’heure. . . est-ce trop, general? –Non; si tu tiens ta promesse, je te donnerai dix onces. –Bien que ce ne soit pas l’interet qui me dirige, repondit Lopez, en riant, je suis tellement certain de ne pas me tromper, que je regarde l’argent comme gagne. –Eh bien, puisqu’il en est ainsi, prend-le tout de suite, dit le general en lui donnant sa bourse. –Merci, Excellence; maintenant nous partirons quand vous voudrez; seulement, recommandez le plus grand silence aux soldats, afin que nous arrivions a l’improviste sur l’ennemi, et que nous l’attaquions avant qu’il ait le temps de se reconnaitre. Miramon expedia un soldat au general Cobos, pour lui donner l’ordre de se replier au plus vite, puis il fit mettre pied a terre aux soldats, placa les fantassins en avant, sur quatre de front, ce qui etait la plus grande largeur dont on pouvait disposer; la cavalerie demontee forma l’arriere-garde. Le general Cobos ne tarda pas a rejoindre; en quelques mots, Miramon le mit au fait. Le president, faisant tenir en bride derriere lui son cheval et celui du guide, se placa en tete de la troupe, malgre les prieres de ses amis.

–Non, repondit-il a leurs sollicitations, je suis votre chef: en cette qualite, la plus grande part de peril me revient, ma place est ici et j’y reste.

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