Quelques detonations eclaterent de distance en distance, mais les balles, chassees au hasard, labouraient les epis

–Ils nous croient donc bien riches! dit Cornelius en riant.

Vous verrez que ces maraudeurs sont des marchands ruines par la guerre. Profitant des haies, des taillis, des sentiers creux, Belle-Rose et Cornelius, le pied leste et l’oeil au guet, gagnerent les abords du camp sans coup ferir. La premiere vedette n’etait plus qu’a une centaine de pas, lorsque Belle-Rose, donnant du pied contre une souche, trebucha; au meme instant, deux balles, passant au-dessus de lui, s’enfoncerent dans le tronc d’un chene. –Bienheureuse chute! dit Belle-Rose, je lui dois la vie. Quelques soldats accoururent au bruit de ce dernier coup, et Cornelius, mettant l’epee a la main, s’elanca vers un champ voisin, d’ou s’envolait un flocon de vapeur. Mais deja les maraudeurs avaient disparu. –Allons! dit-il en revenant aupres de Belle-Rose, voila une guerre ou il n’y aura pas grand honneur a vaincre. Quels maladroits! Ils traversaient le camp lorsque, au detour d’une rue, Cornelius poussa Belle-Rose du coude. –Regardez, lui dit-il. Belle-Rose leva les yeux et vit M. de Villebrais qui passait a cheval.

–Voila, j’imagine, le capitaine des maraudeurs, reprit Cornelius. XX JEU DE CARTES ET JEU DE DeS M. de Villebrais venait a peine d’entrer au camp, que le bruit de son arrivee se repandit. Les etats-majors des divers regiments qui composaient l’armee s’en emurent, et plusieurs officiers, qui avaient eu connaissance de sa conduite passee a l’egard de Belle-Rose et du meurtre de M. d’Assonville, exprimerent hautement leur indignation. Tant d’audace les etonnait. Mais M. de Villebrais n’etait pas homme a s’effrayer de ces rumeurs, et se sachant appuye a la cour par un parent qui avait quelque credit, il croyait pouvoir braver impunement l’opinion de ses pairs. C’etait un de ces hommes, et le nombre en est plus considerable qu’on ne pense, qui ont ce site le coeur lache et l’esprit temeraire.

Le soir donc de son arrivee, il se rendit en uniforme dans une auberge ou les officiers qui n’etaient pas de service se reunissaient pour causer, boire et jouer.

Il y avait, au moment ou il entra, nombreuse compagnie.

Belle-Rose, introduit par M. de Nancrais, qui s’etait plu a le presenter lui-meme aux officiers de sa connaissance, recevait partout un accueil qui prouvait tout a la fois l’estime qu’on avait pour sa personne et pour celle du colonel. C’etait, parmi ces braves et loyaux jeunes gens, a qui le complimenterait et presserait sa main. M. de Villebrais passa entre les groupes sans paraitre voir son rival, et s’avancant vers une table ou sept ou huit officiers jouaient au lansquenet, il jeta quelques pieces d’or sur le tapis. Celui qui tenait les cartes leva les yeux et reconnut M. de Villebrais. C’etait un vieux capitaine d’artillerie repute dans tout le regiment pour sa bravoure. –Je fais dix louis, dit M.

de Villebrais. –Messieurs, je ne fais rien, reprit le capitaine, et lancant le jeu de cartes sur la table, il se retira.

–Monsieur! s’ecria le lieutenant ivre de colere et la main sur la garde de son epee.

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