–que voulez-vous? repondit l’aventurier avec un accent d’imperceptible ironie, la civilisation nous gagne tellement que nous

–Riez, riez, moquez-vous bien de moi, je vous en laisse parfaitement le droit; mais revenons s’il vous plait a notre sujet.

–Revenons-y, je ne demande pas mieux, monsieur le comte. Ne m’avez-vous pas, en causant avec moi, dit, entre autres choses, que vous aviez l’intention de vous rendre a l’hacienda del Arenal, et que si vous ne vous detourniez pas de votre route, au lieu ce site de pousser tout droit a Mexico, c’etait par la raison, que vous craigniez de vous egarer dans un pays que vous ne connaissez pas, et de ne point rencontrer des personnes capables de vous remettre dans le bon chemin? –Je vous ai dit cela, en effet, monsieur. –Oh! Puisqu’il en est ainsi, la question se simplifie extraordinairement.

–Comment cela? –Tenez, monsieur le comte, regardez devant vous. Que voyez-vous? –Un magnifique batiment qui ressemble a une forteresse. –Eh bien, ce batiment est l’hacienda del Arenal. Le comte jeta un cri d’etonnement.

–Il serait possible! Vous ne me trompez pas, dit-il? –Dans quel but? repondit doucement l’aventurier. –Oh! Mais de cette facon la surprise est bien plus charmante que je ne le supposais d’abord. –Ah! A propos, j’oubliais un detail qui ne manque pas, cependant, que d’avoir pour vous une certaine importance: vos domestiques et tous vos bagages sont rendus depuis deux jours deja a l’hacienda. –Mais comment mes domestiques ont ils ete informes? –C’est moi qui les ai avertis. –Vous ne m’avez presque pas quitte.

–C’est vrai, quelques instants seulement, mais cela a suffi. –Vous etes un aimable compagnon, monsieur Olivier; je vous remercie sincerement de toutes vos attentions pour moi.

–Allons donc, vous plaisantez. –Connaissez-vous le proprietaire de cette hacienda. –Don Andres de la Cruz? Tres bien. –Quel homme est-ce? –Au moral ou au physique? –Au moral. –Un homme de coeur et d’intelligence; il fait beaucoup de bien, et est accessible aux pauvres comme aux riches. –Hum! C’est un magnifique portrait que vous faites-la.

–Je reste au-dessous de la verite; il a beaucoup d’ennemis. –Des ennemis? –Oui, tous les coquins du pays, et grace a Dieu, ils foisonnent sur cette terre benie. –Et sa fille dona Dolores? –C’est une delicieuse enfant de seize ans, bonne plus encore que belle; innocente et pure, ses yeux refletent le ciel; c’est un ange que Dieu s’est plu a egarer sur la terre, pour faire honte aux hommes sans doute. –Vous m’accompagnerez a l’hacienda, n’est-ce pas, monsieur? dit le comte.

–Non, je ne vois pas le senor don Andres de la Cruz; dans quelques minutes j’aurai l’honneur de prendre conge de vous. –Pour nous revoir bientot, je l’espere. –Je n’ose vous le promettre, monsieur le comte. Ils marcherent encore pendant quelques instants silencieux aux cotes l’un de l’autre. Ils avaient hate le pas de leurs chevaux et approchaient rapidement de l’hacienda, dont les batiments apparaissaient maintenant dans tout leur developpement.

C’etait une de ces magnifiques residences construites dans les premiers temps de la conquete, demi-palais, demi-forteresse, comme les Espagnols en elevaient alors sur leurs terres, afin de tenir les Indiens en echec et de resister a leurs attaques, pendant les nombreuses revoltes qui ensanglanterent les premieres annees de l’invasion des Europeens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *