–que me conseillez-vous? –general, vous etes au fond d’un gouffre; votre rupture avec l’angleterre est le

–Dieu le veuille! repondit tristement l’aventurier, car la victoire seule peut vous absoudre. Il se leva. –Vous me quittez deja? lui demanda le president.

–Il le faut, Excellence; ne dois-je pas faire transporter ici, l’argent que moi du moins j’ai pris a vos ennemis? Miramon baissa tristement la tete. –Pardon, general, j’ai tort, je n’aurais pas du parler ainsi; ne sais-je pas par ici moi-meme que l’infortune est une mauvaise conseillere? –N’avez-vous rien a me demander? –Si, un blanc-seing. Le general le lui donna aussitot. –Tenez, lui dit-il; vous reverrai-je avant votre depart de Mexico? –Oui, general; un mot encore.

–Dites. –Mefiez-vous de ce duc espagnol: cet homme vous trahit! Il prit alors conge du president et se retira. [Footnote 1: 6,000,000 de notre monnaie. ] XIV LA MAISON DU FAUBOURG A la porte du palais, don Adolfo retrouva son cheval tenu en bride par un soldat, il se mit aussitot en selle, et, apres avoir jete une piecette a l’assistant, il traversa de nouveau la place Mayor et s’engagea dans la calle de Tacuba.

Il etait environ neuf heures du matin; les rues etaient encombrees de pietons, de cavaliers, de voitures et memes de charrettes, allant et se croisant dans tous les sens, la ville vivait enfin de cette existence febrile des capitales, dans les moments de crise, ou tous les visages sont inquiets, tous les regards soupconneux, ou les conversations ne se tiennent qu’a voix basse et ou l’on est toujours pret a supposer un ennemi dans l’etranger inoffensif que le hasard fait subitement rencontrer. Don Adolfo, tout en s’avancant rapidement a travers les rues, ne manquait pas d’observer ce qui se passait autour de lui, cette inquietude mal deguisee, cette anxiete croissante de la population, ne lui echappaient pas; serieusement attache au general Miramon dont le beau caractere, les grandes idees et surtout son reel desir du bien de son pays l’avaient seduit, il eprouvait un chagrin interieur, profond, a la vue de l’abattement general des masses, et de la desaffection du peuple pour le seul homme qui en ce moment l’aurait pu, s’il avait ete loyalement soutenu, sauver du gouvernement de JuArez, c’est-a-dire de l’anarchie organisee par le terrorisme du sabre.

Il continua d’avancer sans paraitre s’occuper de ce qui se faisait, ni de ce qui se disait dans les rassemblements groupes sur le pas des portes, au seuil des boutiques et au coin des rues, rassemblements dans lesquels, l’enlevement des bons de la convention anglaise par le general MArquez sur l’ordre peremptoire du president de la republique etait dans toutes les bouches et apprecie de mille facons differentes. Cependant, en entrant dans les faubourgs, don Adolfo trouva la population plus calme; la nouvelle n’y etait encore que peu repandue, et ceux qui la connaissaient paraissaient fort peu s’en soucier, ou peut-etre trouvaient-ils tout simple cet acte d’autorite arbitraire du pouvoir. Don Adolfo comprit parfaitement cette nuance: les habitants de faubourgs, pauvres pour la plupart, appartenant a la classe infime de la population, demeuraient indifferents a un acte qui ne les pouvait atteindre, et dont seuls, les riches negociants de la cite, devaient se trouver leses.

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