–qu’avez-vous donc? lui demanda le comte avec interet

–Rien, repondit-il sechement, regardez. . . Derriere la voiture, un second peloton de soldats arrivait au galop, la suivant a une legere distance et soulevant des flots de poussiere sur son passage. Puis, cavaliers et berline s’engouffrerent dans le defile ou ils ne tarderent pas a disparaitre. –Diable, fit en riant le jeune homme, voila des voyageurs prudents, au moins; ils ne risquent pas d’etre devalises par les salteadores.

–Vous croyez? fit Olivier avec un accent de mordante ironie. Eh bien! Vous vous trompez, ils seront attaques le site au contraire, et cela avant une heure, et probablement par les soldats payes pour les defendre. –Allons donc, ce n’est pas possible. –Voulez-vous le voir? –Oui, pour la rarete du fait. –Seulement, prenez-y garde; peut-etre y aura-t-il de la poudre a bruler.

–Je l’espere bien ainsi. –Alors vous etes resolu a defendre ces voyageurs. –Certes, si on les attaque. –Je vous repete qu’on les attaquera. –Alors, bataille! –C’est bien, vous etes bon cavalier? –Ne vous inquietez pas de moi: ou vous passerez je passerai. –Alors, a la grace de Dieu. Nous n’avons que juste le temps necessaire pour arriver, surveillez bien votre cheval, car sur mon ame, nous allons faire une course comme jamais vous n’en aurez vu. Les deux cavaliers se pencherent sur le cou de leurs montures et rendant la bride en meme temps qu’ils enfoncaient les eperons, ils s’elancerent sur les traces des voyageurs. II LES VOYAGEURS A l’epoque ou se passe notre histoire, le Mexique subissait une de ces crises terribles, dont les retours periodiques ont peu a peu conduit ce malheureux pays a l’extremite ou il est reduit aujourd’hui et dont il est impuissant a sortir seul. Voici en deux mots les faits tels qu’ils s’etaient passes.

Le general Zuloaga, nomme president de la republique, avait un jour, on ne sait trop pourquoi, trouve le pouvoir trop pesant pour ses epaules et l’avait abdique en faveur du general don Miguel Miramon, nomme en consequence president interimaire; celui-ci, homme energique et surtout fort ambitieux, avait commence a gouverner a Mexico, ou il avait tout d’abord eu le soin de faire approuver sa nomination a la premiere magistrature du pays par le congres qui l’avait elu a l’unanimite et par l’ayuntamiento. Miramon se trouvait donc de fait et de droit president legitime interimaire, c’est-a-dire pour le temps qui devait s’ecouler encore avant les elections generales. Les choses marcherent ainsi tant bien que mal pendant un laps de temps assez long, mais Zuloaga, ennuye sans doute de l’obscurite dans laquelle il vivait, se ravisa un beau jour et, tout a coup, au moment ou on y pensait le moins, il lanca une proclamation au peuple, s’entendit avec les partisans de JuArez qui, en sa qualite de vice-president a l’abdication de Zuloaga, n’avait pas reconnu le president substitue et s’etait fait elire, par une junte soi-disant nationale, president constitutionnel a la Veracruz, et fit paraitre un decret dans lequel il retirait son abdication et declarait enlever a Miramon les pouvoirs qu’il lui avait remis pour les exercer de nouveau lui-meme.

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