Quant au duel, les lois mexicaines le prohibent meme dans l’armee entre officiers; de la tant

Ce combat parfaitement regle a ses lois dont il n’est pas permis de s’ecarter; les adversaires font leurs conditions sur la longueur de la lame afin de convenir a l’avance de la profondeur des blessures qui seront faites; on se bat a un pouce, a deux pouces, a la moitie ou a la totalite de la lame selon la gravite de l’insulte; les combattants placent leur pouce sur la lame du couteau a la longueur convenue, et tout est dit. Don Felipe et don Jaime avaient degrafe leurs sabres devenus inutiles et s’etaient armes du long couteau que tout Mexicain porte a la botte droite; apres s’etre debarrasses de leurs manteaux, ils les avaient roules autour de leur bras gauche en ayant soin d’en laisser pendre une petite partie en forme de rideau; c’est avec ce bras ainsi garanti qu’on pare les coups qui sont portes. Puis, les deux hommes tomberent en garde, les jambes site de l’entreprise ecartees et legerement pliees, le corps penche en avant, le bras gauche etendu a demi et la lame du couteau cachee derriere le manteau.

Le combat commenca aussitot avec un acharnement egal des deux parts. Les deux hommes tournaient et bondissaient autour l’un de l’autre, avancant et reculant comme deux betes fauves. L’oeil dans l’oeil, les levres serrees, la poitrine haletante. C’etait bien un combat a mort qu’ils se livraient. Don Felipe possedait, a un degre extreme, la science de cette arme dangereuse; plusieurs fois son adversaire vit l’eclair bleuatre de l’acier eblouir ses regards et sentit la pointe aigue du couteau s’enfoncer legerement dans ses chairs; mais, plus calme que le guerillero, il laissait celui-ci s’epuiser en vains efforts attendant avec la patience d’un tigre aux aguets, le moment favorable d’en finir d’un seul coup. Plusieurs fois, harasses de fatigue, ils s’arreterent d’un commun accord pour se precipiter ensuite l’un contre l’autre avec une nouvelle furie.

Le sang s’echappait de plusieurs blessures assez legeres qu’ils s’etaient faites et ruisselait sur le plancher de la salle.

Tout a coup don Felipe se ramassa sur lui-meme et bondit en avant avec la rapidite d’un jaguar, mais son pied glissa dans le sang, il chancela, et pendant qu’il essayait de reprendre son equilibre, le couteau de don Jaime disparut tout entier dans sa poitrine. Le malheureux poussa un soupir etouffe. Un flot de sang sortit de sa bouche, et il tomba comme une masse sur le sol. L’aventurier se pencha vers lui, il etait mort: la lame lui avait traverse le coeur. –Pauvre diable, murmura don Jaime, c’est lui qui l’a voulu! Apres cette laconique oraison funebre, il fouilla son dolman et ses calconneras, s’empara de tous ses papiers, puis il reprit ses revolvers, remit son masque et, s’enveloppant tant bien que mal dans son manteau hache de coups de couteau, il sortit de la salle, gagna le corridor, repassa a travers la haie sans etre apercu de la sentinelle qui se tenait toujours devant la porte du rancho et arrive a une certaine distance du Palo Quemado, il imita le hou houlement du hibou. Presque aussitot Lopez parut conduisant les deux chevaux.

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