Quand vint la convalescence, mme de chateaufort en egaya les premiers jours par sa presence assidue

Belle-Rose aimait toujours Mme d’Albergotti, mais il faut avouer aussi qu’il s’appuyait volontiers sur le bras de Mme de Chateaufort. Certes, pour rien au monde il n’eut voulu trahir celle a qui toute son ame s’etait donnee; mais il ne se resignait pas sans douleur a la necessite de quitter le chateau ou un si doux asile lui etait offert.

Quand il etait seul, toutes ses pensees allaient a Suzanne; mais au moindre frolement d’une robe de satin glissant sur le sable des sentiers, tous les reves secrets, tous les desirs confus de la jeunesse volaient vers Mme de Chateaufort.

Son amour pour Mme d’Albergotti etait pur et calme comme un lac voile de saules; il voyait jusqu’au fond du premier regard, et son coeur y puisait une tendre melancolie qui laissait a ses reves leur certitude et leur limpidite; mais a la vue de Genevieve de Chateaufort, toute son ame se troublait, un tumulte etrange se faisait dans sa pensee, il sentait monter a ses levres mille paroles ardentes, la regardait eperdu et fuyait, ne sachant plus si l’amour etait ce culte sincere et profond qu’il vouait au nom de Suzanne, ou le delire qu’allumait la presence de Genevieve. Cependant il restait, et comme ces voyageurs assoupis sous les ombrages odorants des Antilles qui recelent des poisons dans leurs parfums, il n’avait plus la force de secouer le sommeil enivrant ou le bercait une naissante passion. Belle-Rose n’avait pas la liberte de sortir du parc, mais dans son etendue, semee de jardins et de bois, il errait au hasard; seulement il n’errait pas seul. Aux yeux des gens du chateau, il passait pour un gentilhomme, il en portait l’habit et l’epee, et les laquais ne l’appelaient pas autrement que M. de Verval. Ce nom ambitieux lui venait de Mme de Chateaufort, qui le lui avait donne en riant. Un jour qu’ils se promenaient ensemble, peu de temps apres son entree en convalescence, Mme de Chateaufort s’amusait a le plaisanter sur ce nom de Belle-Rose, qui, ne lui venant pas du calendrier, le laisserait sans patron au paradis. –Si mieux vous aimez, madame, appelez-moi Jacques, repondit le soldat. –Ceci est au moins catholique; mais ce n’est pas tout, j’imagine. .

. Jacques quoi? –Jacques Grinedal. –Oh! voila qui sent la Flandre d’une lieue! Ce nom-la ne se peut-il pas traduire en francais? –Tres aisement: _Grinedal_ signifie tout juste _vallon vert_ ou _verte vallee_.

Vous verrez que mes aieux sont nes au beau milieu d’une prairie, entre deux collines.

–Alors, monsieur Grinedal, vous me permettrez bien de vous nommer M. de Verval? –Eh! madame, est-il donc dans ma destinee de changer paris click de nom a tout propos? –J’ignore si la chose est dans votre destinee, mais elle est dans mon desir.

–J’y souscris; mais encore veuillez m’en dire les motifs? –Je pourrais vous repondre que vous vous nommerez M. de Verval parce que telle est ma fantaisie. Vous aviez ete baptise par le droit de l’epaulette, vous l’etes a present par le droit du caprice. Cette autorite n’en vaut-elle pas une autre? –Elle vaut mieux.

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