Quand pastoure raconta ces choses, le soir meme, chez m

Rinal,–Cabissol, emu d’abord, repondit apres un silence: –Cela me semble impossible; je ne peux pas admettre que Maurin soit mort ainsi! d’une facon si contraire a son caractere, a la logique de sa vie. Un Maurin ne se laisse pas surprendre par un Grondard. Il l’entend venir, il le dejoue. –Vous oubliez que plus d’une parmi de tres illustres existences s’est terminee par l’accident ou par l’assassinat, repondit tristement M. Rinal. –Les accidents sont logiques la plupart du temps, s’ecria Cabissol, ils arrivent a ceux qui les attirent. Quant a l’assassinat, ici il ne reussit jamais avec un Napoleon! Oui, oui, il y a des hommes plus grands que la destinee. Et Maurin etait de ceux-la.

Maurin n’est pas mort! –Vous oubliez que Maurin n’est pas un personnage de roman. Et quand il ne serait pas autre chose, pourquoi son histoire ne se terminerait-elle pas au plus beau moment? en vertu de quelle esthetique? Si le roman doit peindre la vie telle qu’elle est, il doit pouvoir s’interrompre brusquement. Et quant a la vie elle-meme, elle n’a cure des procedes du romancier! M. Cabissol protesta: –Rien ne m’otera de l’idee qu’il n’est pas mort. Il a trouve son ile d’Elbe, voila tout; il reviendra, ne fut-ce que pour cent jours.

Il y eut un silence: –Je l’aimais, cet homme-la, ajouta-t-il. –Et moi donc! dit M. Rinal que l’emotion gagnait de plus en plus. –S’il etait mort, grogna Pastoure, quelque chose me le dirait! –Voyez-vous, dit Cabissol, sentiment a part, la mort de Maurin me laisserait aujourd’hui l’impression d’une belle destinee interrompue avant l’heure. . . Et, a propos, savez-vous que Jean d’Auriol. . . ? –Quel Jean d’Auriol? –Le licencie en droit, Jean, le frere de Paul et de Pierre.

–Bon.

Et qu’alliez-vous nous dire de lui? –Je devais vous l’amener un de ces jours; c’est une surprise que je voulais vous faire. Il a commence, sur mes instances, une sorte de biographie de Maurin des Maures, une maniere de roman tout coupe d’anecdotes et de recits, sur le ton de nos contes populaires.

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. La mort de Maurin va le consterner; il revait pour son heros une longue suite d’aventures. . . Depuis quelque temps je lui envoyais journellement des notes. . .

Il m’ecrivait hier: « Si Maurin laisse le gendarme epouser la Corsoise, le roman se terminera fort mal.  » –Il me semble, dit M. Rinal, qu’un romancier a le droit et presque le devoir d’imaginer au moins un denouement.

Votre d’Auriol n’est-il qu’un realiste? –J’ai donc eu tort, dit M. Cabissol, de me servir du mot _roman_. Jean d’Auriol voudrait etre l’historiographe de Maurin; il le connait fort bien, lui aussi, et l’aime beaucoup; il pretend avec moi que son histoire jusqu’ici est expressive de tout un aspect du caractere meridional.

. . le cote jovial et gouailleur. –Helas! soupira M. Rinal, il est probable que si Maurin venait a mourir en ce moment, la belle Tonia se consolerait avec Sandri! –Noum de pas Diou! s’ecria Pastoure,–j’aimerais mieux l’epouser moi-meme, bien que j’aie pris les femmes a l’odi (en horreur) plutot que de la laisser a ce gendarme de carton! Il y eut encore un assez long silence.

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