–quand meme ils seraient au nombre de mille, dit avec un sourire sardonique, don melchior, qui

Le comte feignit de croire a la bonne intention du jeune homme, et lui repondit en s’inclinant: –Je vous remercie, monsieur, de vous joindre a votre pere en cette circonstance, ce m’est une preuve du bon vouloir que vous me voulez bien temoigner, chaque fois que l’occasion vous en est offerte.

Don Melchior comprit le sarcasme cache, sous ces paroles il s’inclina avec roideur, et se retira en grommelant. –Et quand arrive le baron de Meriadec? reprit don Andres. –Mon Dieu, monsieur, vous me voyez confus, mais puisqu’il faut tout vous avouer, je crois qu’il arrivera demain au matin. –Tant mieux, c’est un jeune homme? –De mon age a peu pres, seulement, je dois vous prevenir, qu’il parle fort mal l’espagnol, et qu’il le comprend a peine. –Il trouvera ici avec qui parler francais, vous avez eu raison de me prevenir; sans cela; nous aurions ete peu pres pris a l’improviste, je vais donner, ce soir meme, l’ordre de lui preparer un appartement.

–Pardon, monsieur, mais je serais desespere de vous occasionner le plus leger derangement. –Oh! Ne vous inquietez pas de cela, la place ne nous manque pas, grace a Dieu, et nous trouverons facilement a l’installer commodement. –Ce n’est pas cela que je veux dire, monsieur, je connais votre splendide hospitalite, seulement je crois que mieux vaudrait placer le baron pres de moi, mes domestiques le serviraient, mon appartement est grand. ce site

–Mais cela va horriblement vous gener. –Pas du tout, au contraire, j’ai plus de pieces qu’il ne m’en faut, il en prendra une; de cette facon, nous pourrons causer tout a notre aise, lorsque cela nous plaira; depuis deux ans que nous nous sommes vus, nous avons bien des confidences a nous faire. –Vous l’exigez, monsieur le comte? –Je suis chez vous, monsieur, je n’ai donc rien a exiger, ce n’est qu’une faveur que je vous demande, une priere que je vous adresse, pas autre chose. –Puisqu’il en est ainsi, monsieur le comte, il sera fait selon votre desir; ce soir meme, si vous le permettez, tout sera mis en etat. Ludovic prit alors conge de don Andres et se retira dans son appartement; mais presque derriere lui arriverent des peones charges de meubles qui, en quelques instants, eurent change son salon en une chambre a coucher confortablement installee. Le comte, des qu’il fut seul avec son valet de chambre, le mit au courant de tout ce qu’il devait savoir, pour jouer son role de facon a ne pas commettre de bevues, puisqu’il s’etait trouve au rendez-vous et avait vu Ludovic. Le lendemain, vers neuf heures du matin, le comte fut averti qu’un cavalier vetu a l’europeenne, et suivi d’un arriero, conduisant deux mules chargees de malles et de coffres s’approchait de l’hacienda. Ludovic ne douta pas que ce fut Dominique, il se leva et se hata de se rendre a la porte de l’hacienda; don Andres s’y trouvait deja afin de faire a l’etranger les honneurs de sa propriete. Le comte ne laissait pas d’etre interieurement assez inquiet de la facon dont le vaquero porterait ce costume europeen si mesquin et si etrique, et par cela meme, si difficile a porter avec aisance; mais il fut presque aussitot rassure a la vue du fier et beau jeune homme qui s’avancait maitrisant son cheval avec grace, et ayant sur toute sa personne un incontestable cachet de distinction.

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