–puisque tu as assez vu mes richesses, viens voir mon agachon, un petit cabanon que je

Ils y allerent. C’etait une etroite cabane de maconnerie, toute pareille a celles ou, le dimanche, les pauvres gens de Provence vont manger la bouille-abaisse, quand ils ont le bonheur d’avoir quelques centaines de francs pour _faire batir_. A l’interieur, deux chaises de paille, une table de bois blanc, un pot ebreche, quelques bouteilles de vin et des instruments de peche. –Je viens ici, des fois,–dit Caboufigue, grand comme l’antique,–pour m’amuser a oublier que je suis riche. –ca doit etre un gros travail, ce jeu-la! repliqua Maurin; tu dois etre en nage le soir! –Le gros travail, c’est d’administrer tant d’argent, dit Caboufigue en soupirant. –Gros travail pour peu de chose, dit Maurin, puisque ca ne te rend pas meilleur un bon oeuf a la coque. Mais pourquoi, poursuivit-il, as-tu choisi une ile pour y faire construire ton habitation principale? –Parce que, expliqua Caboufigue, j’y suis moins derange par les uns et les autres, par tous les affames qui veulent manger dans ma main.

–Pauvre homme! s’exclama Maurin. Si j’ai bien compris ton affaire, tu es comme qui dirait le prisonnier de ton or, tandis que moi, Maurin, j’ai les ailes de la misere! Ces derniers mots, dits en francais avec l’accent de Provence, eurent une saveur inexprimable et Caboufigue soupira de nouveau. –Si le bonheur, reprit Maurin, c’etait la fortune, il y aurait vraiment trop de malheureux; et, de desespoir, le monde finirait. La profondeur de cette parole echappa a Caboufigue.

Maurin reprit: –Le bon valet d’un maitre riche a moins de peine, au fond, que son maitre. . .

Et dire qu’il y a des gens qui auraient peur d’etre domestiques! Comme si tout le monde n’etait pas le domestique de quelqu’un! « Chacun de nous sert en ce monde.

Tiens, moi qui suis un enfant de la nature, j’ai des clients pour mon gibier et je les sers a l’heure et a la minute! –Moi, dit Caboufigue fierement, je ne sers personne. –Quand ca ne serait que tes « ligators », que tu nourris de pourriture! dit Maurin, et tes actionnaires qui vivent de tes ligators!. . . et puis. . .

Ici, jugeant qu’il etait temps d’attaquer la question pour laquelle il etait venu, il s’arreta et, clignant de l’oeil: –Et puis. . . quand tu seras depute, car tu veux l’etre. . . Au fait, pourquoi me parles-tu de tout excepte de ton ambition? Je t’attendais. –Ah! tu sais ca? fit l’autre etonne, avec drive-master.com une nuance d’embarras; et comment le sais-tu? Je n’en ai encore parle qu’au prefet, a la prefecture. –Il devait y avoir des murs, dit Maurin. –Alors, insinua Caboufigue, tu m’aideras un peu, j’espere? –Enfin nous y voila. . . Eh bien! je suis venu ici pour te dire que je te connais trop pour t’aider, dit Maurin, qui touchait enfin au point precis ou il voulait en venir. Tu serais trop malheureux. –Et en quoi? dit Caboufigue.

Je ferais un bon ministre tout comme un autre. –Pas comme un autre! dit Maurin. Et beaucoup moins bon que beaucoup d’autres. –Pourquoi ca, Maurin? J’ai l’habitude des affaires. –Des tiennes, Caboufigue.

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