–pourquoi parler de recompense? dit-il; croyez-vous donc que le devouement puisse s’acheter; gardez votre or, caballero;

–Cependant il est de mon devoir. . .

–Pas un mot de plus sur ce sujet, je vous en prie, senor, toute insistance de votre part serait pour moi une mortelle injure; je fais mon devoir en vous sauvant la vie, je n’ai droit a aucune recompense. –Agissez donc a votre guise. –Promettez-moi d’abord de ne pas soulever d’objection a ce que je jugerai convenable de faire dans l’interet de votre salut. –Je vous le promets. –Bien; de cette facon nous nous entendrons toujours. Le jour ne tardera pas a paraitre; nous ne devons pas demeurer ici plus longtemps. –Mais, ou irai-je? Je me sens si faible qu’il m’est impossible de faire le plus leger mouvement. –Que cela ne vous inquiete pas; je vous mettrai sur mon cheval et en le faisant marcher au pas, il vous portera sans trop de secousses en lieu sur. –Je m’abandonne a vous. –C’est ce que vous pouvez faire de mieux; voulez-vous que je vous conduise a votre demeure? –Ma demeure? s’ecria le blesse avec un effroi mal dissimule et en faisant un mouvement comme s’il eut essaye de fuir; vous me connaissez donc, vous savez ou j’habite? –Je ne vous connais pas, j’ignore ou votre maison est situee. Comment saurais-je ces details, moi qui avant cette nuit ne vous avais jamais vu? –C’est vrai, murmura le blesse en se parlant a lui-meme, je suis fou! Cet homme est de bonne foi. Puis s’adressant a Dominique: Je suis un voyageur, lui dit-il d’une voix entrecoupee et a peine distincte; je viens de la Veracruz, je me rendais a Mexico, lorsque j’ai ete assailli a l’improviste, depouille de ce que je possedais et laisse pour mort au pied de cette croix ou vous m’avez si providentiellement rencontre; de domicile, je n’en ai pas d’autre en ce moment que celui qu’il vous plaira de m’offrir! Voila toute mon histoire, elle est site de l’entreprise simple comme la verite. –Qu’elle soit vraie ou non, cela ne me regarde pas, senor; je n’ai pas le droit de m’immiscer malgre vous dans vos affaires; dispensez-vous donc, je vous prie, de me donner des renseignements que je ne vous demande pas, dont je n’ai que faire et qui, dans l’etat ou vous etes, ne peuvent que vous etre nuisibles, d’abord en vous obligeant a une trop grande tension d’esprit, et ensuite en vous forcant a parler.

En effet, ce n’avait ete que grace a une puissance de volonte extreme que le blesse etait parvenu a soutenir une si longue conversation; la secousse qu’il avait recue etait trop forte, sa blessure trop grave pour que, malgre tout le desir qu’il en avait, il lui fut possible de discuter plus longtemps, sans risquer de tomber dans une syncope plus dangereuse que celle dont il avait ete si miraculeusement tire par son genereux sauveur; deja il sentait battre ses arteres, un nuage s’etendait sur sa vue, des bourdonnements sinistres se faisaient dans ses oreilles, une sueur glacee perlait a ses tempes; ses pensees, dans lesquelles il avait eprouve tant de difficultes a remettre un peu d’ordre et de suite, commencaient a lui echapper de nouveau, il comprit qu’une resistance plus prolongee de sa part serait une folie, il se laissa aller en arriere avec decouragement et poussant un soupir de resignation: –Ami, murmura-t-il d’une voix faible, faites de moi ce que vous voudrez; je me sens mourir.

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