Plusieurs chevaux attaches par la bride au portillo, la tete tristement baissee, les flancs haletant et

ca et la, plusieurs hommes roules dans leurs zarapes, la tete a l’ombre et les pieds au soleil, dormaient, suivant l’expression espagnole, a _pierna suelta_. Ces hommes etaient des guerilleros; une sentinelle a demi endormie, appuyee sur sa lance et adossee au mur, etait censee veiller sur les armes de la cuadrilla, rangees en faisceau. Sous le portillo drive-master.com meme, un officier assis sur un hamac qu’il balancait avec les pieds, raclait desesperement un jarabe, en roucoulant d’une voix eraillee les paroles langoureusement amoureuses d’un _triste_. Un gros petit homme, ventru et bouffi, aux yeux gris pleins de malice et a la physionomie railleuse, sortit de la venta et s’approcha du hamac. –Senor don Felipe, dit-il en saluant respectueusement le musicien improvise, ne voulez-vous donc pas diner? –Senor ventero, repondit l’officier d’un ton rogue, lorsque vous me parlez, vous pourriez, il me semble, etre plus respectueux a mon egard et me donner le titre auquel j’ai droit, c’est-a-dire me nommer colonel. –Excusez-moi, seigneurie, repondit l’hote avec une nouvelle salutation plus profonde que la premiere, je suis ventero, moi, c’est-a-dire fort peu au courant des grades militaires. –C’est bien, vous etes excuse! Je ne dinerai pas encore, j’attends une personne, qui n’est pas arrivee mais qui ne saurait tarder a paraitre.

–Voila qui est certes bien malheureux! Senor colonel don Felipe, reprit le ventero; un repas que j’avais confectionne avec tant de soin: tout sera gate, perdu. –Ce serait un malheur, mais qu’y faire? Ma foi! Dressez le couvert, il y a assez longtemps que j’attends, j’ai un trop formidable appetit pour differer mon repas davantage.

L’hote salua et se retira aussitot. Cependant le guerillero s’etait decide a quitter son hamac et a abandonner provisoirement son jarabe; apres avoir tordu et allume une cigarette de paille de mais, il fit nonchalamment quelques pas vers l’extremite du portillo et les bras croises derriere le dos, la cigarette a la bouche, il interrogea l’horizon. Un cavalier, enveloppe d’un nuage epais de poussiere souleve par sa course rapide, se dirigeait de son cote. Don Felipe poussa un cri de joie, il reconnut que ce cavalier etait bien le personnage que depuis si longtemps il attendait. –Ouf! s’ecria le voyageur en arretant court son cheval devant le portillo et en sautant a terre, je n’en puis plus, !vAlgame Dios! Quelle horrible chaleur! Sur un geste du colonel, un soldat s’etait empare du cheval et l’avait conduit au corral. –Eh! Senor don Diego, soyez le bien arrive, dit le colonel en lui tendant la main a l’anglaise; je desesperais presque de vous voir. Le diner nous attend; apres une course pareille, vous devez etre presque mort de faim.

Le ventero les introduisit alors dans un cuarto retire. Les deux convives se mirent a table et attaquerent vigoureusement les plats poses devant eux.

Pendant la premiere partie du repas, tout occupes a satisfaire les exigences d’un appetit aiguise par une longue abstinence, ils n’echangerent que de rares paroles entre eux; mais bientot leur ardeur se calma, ils se renverserent sur le dossier de leurs butacas avec un ah! de satisfaction, tordirent des cigarettes, les allumerent et se mirent a fumer, tout en buvant, a petits coups d’excellent refino de Cataluna que l’hote avait apporte comme complement oblige du diner.

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