–pittoresque, soit! dit le prefet, et c’est par amour du pittoresque que ce _dompteur de foules_,

En d’autres occasions, ce sera par amour du comique. En voulez-vous la preuve? Certaines societes de boulomanes ont imagine de se coiffer du haut de forme pour jouer leur jeu favori. Ce faisant, ils se donnent la comedie a eux-memes, et, du meme coup, tournant avec raison en ridicule la coiffure bourgeoise qu’un usage egalitaire leur impose aux grands jours du mariage, ils se vengent gaiment d’avoir eu a la subir; ils arrivent donc sur leur terrain de jeu, le kalitre en tete.

« Vous n’ignorez pas que, chez nous, les boules sont un jeu national. Les joueurs se divisent en deux categories: les _pointeurs_, qui doivent placer leur boule le plus pres du but, dit _cochonnet_; et les _tireurs_ (nos boules sont ferrees et lourdes) qui doivent lancer directement leur boule, parfois a de longues distances (soit une vingtaine de pas) contre la boule adversaire qu’il s’agit d’ecarter du but. Les chapeaux hauts de forme doivent etre poses en arriere, sur la nuque, ou tres en avant sur le front des joueurs. Il s’agit pour chacun d’eux de lancer sa boule sans perdre son chapeau. C’est la regle de ce jeu tres special. « Vous voyez d’ici combien ces coiffures instables deviennent ridicules quand les mouvements des joueurs les deplacent ou les font rouler a terre! « Et quels lazzis! quels petillements de moqueries entrecroisees!. . . Parfois le joueur desespere, d’un mouvement instinctif, lache sa boule pour retenir son solennel couvre-chef. . . c’est sublime. Et de ces chapeaux hauts de forme on en voit, la, de tous les ages. Toutes les modes sont representees, larges bords, bords etroits; les uns sont de simples cylindres, les autres sont coniques; certains ont de longs poils et sont etrangement evases. . .

ils ont ete empruntes voir la page a l’armoire d’un arriere-grand-pere. . . Et de rire. Je vous assure que le spectacle est rejouissant. « Du reste, le haut de forme, depuis son apparition, a toujours excite la verve railleuse du populaire de chez nous; il a tout de suite choque le bon sens national. « Je me rappelle avoir assiste au mystere de la Nativite qu’on representait encore il y a un quart de siecle dans nos theatres populaires de marionnettes. « Il y avait toujours parmi les personnages de la creche un vieil aveugle qui se faisait conduire a l’etable de Bethleem, dans l’espoir d’y recouvrer la vue; son fils, un bambin de douze ans, lui servait de guide; et pour faire honneur a l’enfant Jesus, le gamin se coiffait du _kalitre_. Le vieil aveugle et son guide arrivaient ensemble devant Jesus, couche sur de la paille, entre l’ane et le boeuf, dans l’etable legendaire; ils saluaient l’Enfant-Dieu, puis Marie et Joseph.

. . L’aveugle priait a voix haute et tout a coup, sa guerison s’etant miraculeusement accomplie, il le prouvait d’une facon eclatante en s’ecriant, tourne vers son fils: « Oh! bou Diou! que capeou! (Oh! mon Dieu! quel chapeau!) » Et cela est d’excellente comedie! « Le chapeau haut de forme est ne en Angleterre. . . « Le bon sens populaire des Provencaux de tout temps a condamne une coiffure qui ne protege ni contre le soleil ni contre la pluie! » On arrivait aux Arcs.

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