Pitalugue cria a son aine qui n’etait plus beaucoup loin: –pitalugue, j’ai de la ficelle a

Mais de la cordelette, Pitalugue fils en avait sur lui, et la lievre fut liee par les quatre pattes, au milieu du rond que faisaient autour d’elle la femme, les quatre enfants et le pere. –Pere, ne lui « fasse pas de mal! » disait la petite en se haussant, pour voir ce grand lapin sauvage qui gigotait de son mieux, pechere, mais sans pouvoir se tirer de ce mauvais pas. La lievre liee, chacun voulut lui tater le rable. Seule, la petite ne caressait que le poil. –Quelle lievre! ca pese bien huit livres! –Ah! ca, vai, huit livres! Elle en pese au moins dix! –S’il te fallait l’acheter, tu la paierais bien dans les sept, huit francs! –Ah! ca, vai, sept, huit francs, dans cette saison! pour quinze tu ne l’aurais pas! –C’est a Paris qu’ils seraient contents d’avoir la pareille, au mois de juin!. . .

–De lievre, moi, dit l’aine, je n’en ai pas mange deux fois dans ma vie. –C’est bon? dit le second. –Meilleur que du poulet, bien sur! –Quand est-ce qu’on la mangera? demanda le plus petit des trois garcons. A ce moment, mise Pitalugue s’ecria: –Bou Diou! Elle a du lait, voyez, pechere! C’est une mere. .

. c’est facile a comprendre que ses petits l’attendent quelque part.

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Elle pressait les mamelles de la pauvre bete epouvantee et haletante.

Les gouttes de lait venaient au bout des tetines. –C’est embetant, dit l’homme.

Et tous, un long moment, garderent le silence, bien ennuyes. –Pourquoi, embetant? dit l’aine. Est-ce qu’elle sera mauvaise? –C’est embetant qu’elle ait des petits, dit la femme. ca fait peine, tout de meme, de penser qu’ils vont mourir dans un trou! La lievre, bien liee par les pattes, fut deposee a terre. Et tous s’assirent autour d’elle, tenant conseil.

Il y avait un bon moment, poursuivit Maurin, que, passant par la, je m’etais approche d’eux. « Ils m’expliquerent toute l’affaire.  » –J’etais avec Maurin, confirma alors Pastoure, qui suivait attentivement tous drive master les details du recit en remuant les levres comme s’il eut repete mot a mot tout ce que disait Maurin, lequel continua ainsi: –Que faut-il faire? demanda Pitalugue.

C’est bon, la lievre. Et puis, il y a de quoi faire un gros repas a nous six. ca compte, ca, dans une maison pauvre comme est la notre!. . .

Qu’allons-nous faire, Maurin? Je lui dis: –Je ne sais pas; la lievre est tienne. C’est des choses qui ne regardent que ceux qui y ont leur interet.

Mais si j’etais « de toi », je la lacherais. –Ce sont ses petits qui me tourmentent, dit Pitalugue. J’ai tous ces petits levrautons dans ma tete. –Ils vont pleurer a fendre le coeur, dit sa femme. –Et crever sans etre utiles a personne, dit Pitalugue.

Alors, la petite derniere se mit a sangloter: –Je veux pas qu’on la tue, pere! Pere, il ne faut pas la tuer.

–Allons, dit la femme, ne contrarie pas la petite.

. . c’est quinze francs de jetes par la fenetre. . . lache-la tout de meme. Avec beaucoup de precautions pour ne pas lui casser les pattes, ils la delierent.

Et quand elle fut deliee, Pitalugue et sa femme et tous en eurent comme un remords.

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