Philippe se tenait debout, les yeux hagards, ne comprenant pas

La Faenza rentra chez elle dans un etat d’exasperation indescriptible. Elle pleura, sanglota, se roula sur le tapis, la bave aux dents. Puis, se levant soudain, elle se mit a embrasser son fils a pleine levre, en riant comme une folle.

III Apres une bouderie de quelques jours la mere et le fils se reconcilierent avec un regain de tendresse. Et ce furent tous les jours de longues promenades a travers champs d’ou l’on revenait pareils a des amoureux de la veille, avec des touffes de genets plein les mains. Le matin, ils partaient des heures entieres a cheval, sous bois, et le soir par les clairs de lune romantiques, ils allaient rayer en canot les eaux calmes d’un etang voisin. Chose curieuse! Depuis l’aventure du jardin, un changement notable s’opera dans les habitudes de la Faenza. Brisant avec l’attitude severe adoptee depuis sa conversion, elle jeta aux orties le froc inelegant de la femme honnete pour arborer de nouveau les etoffes ruineuses aux couleurs voyantes, les chapeaux aux plumes d’autruche et les gants de peau de daim tres montants. Les bijoux dont elle n’avait pas voulu se defaire, furent retires de leurs ecrins de velours grenat pour parer ces mains longues et fines et son cou royal. La poudre de riz ne suffisant plus a son embellissement, elle s’est souvenue des fards subtils et des aromates precieux qui donnent la jeunesse. Elle eut des soins particuliers pour la toilette des dessous dont elle savait toutes les perfidies: des dentelles voir la page anciennes sur des chemises de soie, des bas rose pale a bouffettes ou les diamants dardent les feux de leurs facettes. Le mobilier modeste de sa chambre a coucher et de son boudoir fut completement change. Se ressouvenant du faste excitant de son alcove de courtisane, elle s’entoura de meubles bas et moelleux qui enlacent comme des bras voluptueux, de tissus syriens, de tapis de Karamanie et de peaux mouchetees de tigre ou fretillent les pieds nus tendus aux baisers vibrants.

Des parfums brulerent continuellement dans des cassolettes aux riches ciselures et des brassees de roses blanches melerent leur dernier souffle aux tiedeurs des troncs d’arbres crepitant dans la haute cheminee.

La toilette de son fils l’occupait aussi enormement.

Elle disait: ca n’est pas chic, ou, ca t’habille bien; cette redingote fait des plis dans le dos, ou, ce veston te sangle bien. Elle lui faisait la raie et lui passait ses moustaches au cosmetique tout comme a ses amants de coeur du temps qu’elle etait entretenue par des financiers obeses.

Parfois, le soir a des heures indues, elle l’appelait dans sa chambre a coucher, et la, aux clartes vacillantes des bougies roses, son corps sculptural a peine abrite par la chemise de batiste aux echancrures hardies, se campant d’aplomb devant la haute glace de son armoire en bois des iles et faisant saillir ses seins eblouissants et la courbe insolente de ses reins de statue elle disait a son fils, avec des regards incitants: –N’est-ce pas que je suis belle encore! N’est-ce pas que tu serais fou de moi si je n’etais pas ta mere? Puis elle riait aux eclats en faisant scintiller la splendeur eburneenne de ses dents de fauve.

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