Philippe, qui n’avait pas appris a etre difficile en matiere de toilette dans ses chasses au

Mademoiselle Clementine, de son cote, ne se sentait pas une insurmontable aversion pour les moustaches brunes.

Inutile de dire que le couple Mouflet decouvrait tous les jours de nouvelles qualites au fils unique d’une mere jouissant d’une rente de cinquante mille livres.

On se faisait donc la cour honnetement, sous les yeux de la Faenza, qui ne se doutait de rien.

Un soir de juillet, la famille Mouflet se trouvait reunie au grand complet, dans la salle a manger de l’ex-courtisane. Apres quelques polkas tapotees par la cadette et des propos oiseusement echanges, le tabellion proposa, vu la chaleur insupportable de l’atmosphere, une flanerie sous les frondaisons rafraichissantes du jardin. Toute la societe accepta avec empressement. La soiree etait superbe.

La pleine lune brillait comme un louis d’or fantastique dans un ciel sans nuages. Ils se disperserent par les allees ou s’allumaient parfois, dans la mousse, des vers luisants. La Faenza cherchait son fils depuis quelques minutes, lorsqu’elle crut distinguer dans le recoin le plus sombre du jardin, sur un banc de pierre, deux ombres enlacees. Elle s’arreta, aux aguets. On aurait dit vraiment qu’un bruit de baisers se melait au clapotis de l’eau tombant dans les vasques de marbre. Retenant son souffle, elle avanca jusqu’au banc de pierre, derriere une haie de rosiers rouges. Son fils Philippe etait en train de murmurer les choses les plus douces a l’oreille de Mademoiselle Clementine.

Alors un sentiment etrange envahit le coeur de l’ex-courtisane; elle eut un moment de vertige, puis ses prunelles se dilaterent et, suffoquee de colere, se dressant de toute sa hauteur devant les pauvres amoureux completement ahuris, elle apostropha Mademoiselle Mouflet en des termes virulents: –Elle etait vraiment bete pour ne pas s’etre apercue depuis longtemps qu’on venait la pour lui voler son fils. Avec ca qu’elle donnerait son argent pour nourrir un notaire tare et ses trainees de filles. Et la mere Mouflet donc, une pas grand’chose qui couchait avec ses domestiques! Tout le monde le savait dans le pays. Ils feraient bien tous ces panes de ne plus mettre le pied chez elle, elle les flanquerait a la porte a coups de balai. . . S’oubliant completement dans sa colere, Madame Verdal redevint la cascadeuse d’autrefois et accabla la famille Mouflet accourue au bruit de la dispute des plus ordurieres invectives. M. Mouflet emmena sa femme et ses filles mortes de peur, apres avoir repondu par une tirade indignee. Philippe se tenait debout, les yeux hagards, ne comprenant pas.

La Faenza rentra chez elle dans un etat site de l’entreprise d’exasperation indescriptible. Elle pleura, sanglota, se roula sur le tapis, la bave aux dents. Puis, se levant soudain, elle se mit a embrasser son fils a pleine levre, en riant comme une folle. III Apres une bouderie de quelques jours la mere et le fils se reconcilierent avec un regain de tendresse.

Et ce furent tous les jours de longues promenades a travers champs d’ou l’on revenait pareils a des amoureux de la veille, avec des touffes de genets plein les mains.

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