Peut-etre lui etais-je meme plus attachee que je ne le faisais paraitre; mais ma position me

On nous voyait souvent ensemble dans le parc. Ces innocentes promenades furent la cause de sa mort.

Un jour que je l’attendais dans une allee ou nous avions coutume de nous rencontrer, il ne vint pas.

A l’heure du dejeuner, on m’apprit qu’il etait sorti dans la matinee avec un jeune homme. Un garde les avait vus causer vivement et s’eloigner ensemble. Une vague inquietude me saisit, et je me levai de table dans un etat d’agitation que je ne pouvais dominer. Quand le malheur nous a touches de son aile, on a de ces pressentiments. Une heure apres, deux bucherons rapportaient au chateau l’Espagnol, qu’ils avaient trouve dans un coin du bois, la poitrine traversee d’un coup d’epee. Il n’y avait deja plus d’esperance de le sauver. Quand il me vit, il me prit les mains entre les siennes, les embrassa et mourut. Jamais je n’oublierai l’expression de ses derniers regards; ils etaient si tristes et si pleins d’amour, que je me mis a pleurer comme une folle. Il me sembla dans ce moment que je l’aimais aussi et que je perdais avec lui ma derniere esperance. –Et le nom du meurtrier? dit Belle-Rose. –Je l’ai su plus tard; quant a mon pauvre ami, il mourut avec son secret dans le coeur, et mon nom sur les levres.

Trois jours apres je recus une lettre de M. d’Assonville; elle etait datee de Paris et m’apprenait que, de retour d’une mission secrete en Italie, il partait pour l’Angleterre, ou l’envoyait un ordre du cardinal Mazarin. Il devait etre paris click promptement de retour et me priait de compter sur lui. On voyait bien qu’il m’aimait toujours, mais son langage etait plus grave. Il ne paraissait pas, d’ailleurs, qu’il eut recu aucune de mes lettres. Cette mission, qui devait durer quinze jours ou trois semaines, elle n’etait pas terminee encore au bout de trois mois. Mon pere etait revenu. Mes jours s’enfuyaient comme de sombres reves, et la nuit je pleurais. Mes pensees allaient de Gaston a don Pedre,–c’etait le nom de mon parent;–et je dois bien vous l’avouer, mes sympathies et mes regrets etaient a celui qui n’etait plus. Il m’avait aimee et consolee; l’autre m’avait perdue! Il arriva un soir que le nom de M. d’Assonville fut prononce par un gentilhomme qui etait en visite chez nous. A ce nom, mon pere fit eclater une colere inattendue, et j’appris que M. de La Noue avait ete battu et blesse dans une rencontre avec le pere de Gaston. M.

de La Noue avait ete humilie dans son orgueil de soldat; la plaie etait incurable. Mon avenir se voilait de plus en plus; je ne voulais pas y penser et j’y revais toujours; j’avais des heures de gaiete folle et des jours de morne desespoir. La douleur usait mon amour.

Sur ces entrefaites, la cour et le parlement venaient de conclure leur alliance, et mon pere m’apprit qu’il avait resolu de me marier avec un riche seigneur du parti du roi, et que je devais me tenir prete.

Il me dit cela au moment de partir et le pied sur l’etrier.

Quand je revins de ma surprise, M. de La Noue galopait a un quart de lieue. Cependant M.

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