Peut-etre l’escorte demeura-t-elle fidele au general et alors, notre concours lui devenant inutile, nous n’aurons plus

–Enfin, a la grace de Dieu, dit le comte: il y a dans ce jeune homme quelque chose de grand et de chevaleresque qui m’a seduit, je ne serais pas fache que l’occasion me fut offerte de lui etre utile. –Maintenant que nous sommes convenus de nos faits, si nous partions? ajouta le duc; j’ai hate de me trouver aux cotes de ce brave general; mais, avant tout, vous avez, je suppose, veille a la surete de ma mere? –Sois tranquille, mon neveu; l’ambassadeur d’Espagne, ici a ma priere, a place une garde de negociants de notre nation dans sa maison meme; ni elle ni Carmen ni Dolores n’ont rien a redouter; d’ailleurs Estevan est pres d’elle, et grace au credit dont il jouit aupres de JuArez, il suffirait seul pour les proteger efficacement. –Alors, bataille! s’ecrierent les jeunes gens en se levant joyeusement. Ils s’envelopperent de leurs manteaux et prirent leurs armes. –Partons, dit don Jaime. Les domestiques etaient deja en place. Les sept cavaliers quitterent la maison et se dirigerent vers la place Mayor, ou les troupes se reunissaient. Les maisons etaient illuminees, une foule immense circulait a travers les rues; mais la tranquillite la plus parfaite regnait dans la ville, incessamment parcourue dans tous les sens par de fortes patrouilles, de Francais d’Anglais et d’Espagnols, qui veillaient avec la plus genereuse abnegation au maintien de l’ordre et de la surete generale, pendant cet intervalle d’anarchie qui separe toujours la chute d’un gouvernement de l’installation de celui qui le remplace. La place Mayor etait fort animee, les soldats fraternisaient avec le peuple, causant et riant comme si ce qui se passait en ce moment etait la chose la plus ordinaire du monde. Le general Miramon, entoure d’un groupe assez nombreux compose des officiers demeures fideles a sa cause, ou qui trop compromis pour esperer d’obtenir de bonnes conditions des vainqueurs preferaient l’accompagner dans sa fuite a demeurer dans la ville, feignait un calme et un enjouement fort loin sans doute de son coeur; du reste, il causait avec une remarquable liberte d’esprit, defendant sans aigreur les actes de son gouvernement, et prenant conge sans reproches et sans recriminations de ceux qui par egoisme l’avaient abandonne et dont sa chute etait l’ouvrage.

–Ah! fit-il en apercevant don Jaime et en faisant un mouvement vers lui, vous venez donc bien decidement avec moi? J’avais espere que vous changeriez d’avis. –Eh! General, repondit-il gaiement, le mot est tout au plus aimable. –Vous savez bien que vous ne devez pas le prendre en mauvaise part. –La preuve, c’est que je vous amene deux de mes amis qui veulent absolument vous suivre, general. –Je les prie de recevoir tout mes remerciments: un homme est heureux en tombant de si haut d’avoir des amis pour lui rendre la chute moins lourde. –C’est ce dont vous ne devez pas vous plaindre, general, car vous ne manquez pas d’amis, lui repondit le comte en s’inclinant. –En effet, murmura-t-il en promenant un regard triste autour de lui, je ne suis pas seul encore.

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