Pauvre gabrielle! le comte de pomereux colla sa bouche aux cheveux de son amante

–Tout ce que j’ai de bon vient d’elle, reprit-il. Que son souvenir me protege! Il fit quelques pas apres ces mots et revint pres de Suzanne. –Vous avez assiste a son agonie et console sa souffrance, lui dit-il les deux mains sur les siennes.

Dans la joie et dans le malheur, quoi qu’il advienne, par le nom sacre de Gabrielle, je suis a vous et aux votres. Et vous, messieurs, qui etes a present son mari et son frere, ajouta-t-il en se tournant du cote de Belle-Rose et de Cornelius, faites-moi l’honneur d’accepter mon amitie. Cette scene, ou M. de Pomereux s’etait montre sous un aspect tout nouveau, fit une impression profonde sur les jeunes gens; ils se separerent du comte, le coeur emu. –C’est un jour heureux, dit Suzanne, nous avons retrouve une amie et gagne un ami. A quelques centaines de pas de l’abbaye, M. de Pomereux fit rencontre d’un estafier qui se promenait le nez au vent le long du chemin. Ce drole, a mine effrontee, l’examina fort attentivement tandis qu’il passait. Le comte, qui n’aimait pas les curieux, poussa vers lui; mais l’estafier se jeta dans un taillis, ou il fut bientot a l’abri de toute poursuite.

–Voila qui me prouve que je ne m’etais point trompe, se dit M. de Pomereux. Je serais fort surpris, vraiment, si cet homme n’etait pas aux gages de M.

de Charny.

A ecouen, M. de Pomereux remonta dans le carrosse qui l’avait amene de Chantilly, et se dirigea vers Paris, en donnant ordre au cocher de toucher chez M. de Louvois. Il se doutait bien de l’accueil qui l’attendait chez le ministre; mais le jeune comte etait un de ces esprits aventureux qui se plaisent aux situations violentes et trouvent ce site un grand charme dans les luttes ou la vie est en peril. Aussitot qu’il eut connaissance de l’arrivee de M. de Pomereux, M. de Louvois s’empressa de le faire entrer. Le comte ne vit pas tout d’abord le visage du ministre, qui buvait a meme dans un grand pot plein d’eau. –Diable! murmura-t-il, il faut qu’il soit fort en colere pour etre si fort altere. –Ah! ah! mon beau cousin, vous voila donc de retour? fit le ministre, en jetant, apres avoir bu, un regard vif et prompt sur le comte de Pomereux. –Allons! je ne m’etais pas trompe, pensa le comte, qui soutint sans en paraitre emu le coup d’oeil menacant du maitre, et reprit tout haut: –Ma foi, oui, monseigneur; j’eprouvais une si violente contrariete de ne vous avoir point vu depuis ces derniers jours, que ma premiere visite a Paris a ete pour vous.

–C’est un grand empressement dont je vous remercie, mon cher comte. –Laissez donc! on n’a pas toute une famille de cousins comme vous, et quand par hasard on en possede un, on se doit tout a lui. –J’ai toujours compte sur votre devouement; il parait meme que ce devouement a depasse mon attente. –Vous me flattez.

–Non vraiment; on assure qu’aux environs d’Ennery, vous vous etes comporte en chevalier du temps de la chevalerie. Vous avez eclipse la gloire d’Amadis, et l’illustre Galaor lui-meme n’est qu’un pleutre aupres de vous.

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