Pauvre coco! tu auras traverse les oceans, brave, surmonte les dangers de la tempete, pour venir

Que de bruit, bon Dieu! pour si petit gibier! L’homme qui n’avait jamais vu de perroquet courut ramasser sa proie, et tout en soupesant dans sa main le pauvre petit corps fremissant, dont la tete pendait, secouee par les hoquets de l’agonie,–il souffla sous les plumes pour les rebrousser, et pour voir si son gibier ferait un bon roti. Helas! il n’apercut qu’une peau blanchatre, flasque, toute plissee. Si bien qu’il ne put s’empecher de s’ecrier tout haut: « –Oi! qu’il est « megre »! « A quoi, Dieu aidant, l’agonisant perroquet repondit, de sa voix caverneuse, par ces paroles, celles–soyez-en sur–que lui avait le plus recemment apprises son maitre: « –Je suis ete un peu malade! « Stupefait, tout saisi d’une terreur subite, l’homme laissa tomber le perroquet a terre, et otant vivement son chapeau, d’un mouvement humble et contrit: « –Oh! pardon, mossieu. . .

Ze vous avais pris pour un « joizeau »! –Celle-la, voui, dit Maurin, qu’elle est drole! j’en rirai jusqu’a ma mort! Helas! le lendemain au soir, Maurin sortit dans l’intention de tuer un sanglier; et, au matin, il ne rentra pas! –Tonia, dit, ce matin-la, a sa fille, le brigadier Orsini, tu ne sais pas? On raconte que Grondard a assassine Maurin! –Ce n’est pas possible! je ne le crois pas, dit-elle, epouvantee quand meme. Maurin se mefiait trop. . . Un Grondard ne tue pas comme cela un Maurin, meme par surprise! –Si, si! confirma le cantinier du Don qui accourait chez Orsini. Ce n’est que trop veritable. Maurin etait, cette nuit meme, a l’affut des sangliers et il venait de decharger son fusil de ses deux coups, quand, desarme comme il l’etait, et assis dans son etroite cabane de branchages, il fut attaque par Grondard. –Mais comment le sait-on? –Il parait que cette brute de charbonnier se vante de son coup. « Il est fier d’avoir su profiter du moment ou Maurin etait empeche dans les broussailles sous le couvert bas de sa cabane d’affut. Maurin voyant, au clair de la lune, a travers les branchages qui formaient sa cabane, luire et s’avancer contre sa poitrine la longue canardiere de Grondard, la saisit a pleines mains. Alors Grondard tira. Il parait que Maurin en tombant a pousse un cri de lion.

Si bien que son assassin s’est mis a fuir comme si notre pauvre Maurin eut ete encore vivant, pechere! et capable de se revancher! Tonia s’etait evanouie. Quand Pastoure raconta ces choses, le soir site de l’entreprise meme, chez M. Rinal,–Cabissol, emu d’abord, repondit apres un silence: –Cela me semble impossible; je ne peux pas admettre que Maurin soit mort ainsi! d’une facon si contraire a son caractere, a la logique de sa vie.

Un Maurin ne se laisse pas surprendre par un Grondard. Il l’entend venir, il le dejoue.

–Vous oubliez que plus d’une parmi de tres illustres existences s’est terminee par l’accident ou par l’assassinat, repondit tristement M. Rinal. –Les accidents sont logiques la plupart du temps, s’ecria Cabissol, ils arrivent a ceux qui les attirent. Quant a l’assassinat, il ne reussit jamais avec un Napoleon! Oui, oui, il y a des hommes plus grands que la destinee.

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