Pas possible! comment as-tu fait ton compte? quand on tient un pareil oiseau, on s’y prend

Il nous a enjoles. Il fallut bien conter l’aventure par le detail. –Vous comprenez, Orsini, expliquait Sandri avec un visible desir de s’excuser, nous avions faim, beaucoup. . . . Et la faim est une chose qui trouble les idees. Nous ne pensions plus guere qu’a manger.

En tout autre moment nous aurions eu a coup sur plus d’esprit et de malice.

Et puis, ce bougre-la, je vous dis, nous avait voir la page endormis, par sa maniere d’agir. Il semblait desirer en finir avec toutes les menaces qu’on lui fait; il demandait lui-meme les juges pour etre juge, condamne ou pardonne, mais de toute facon debarrasse. C’est ce que je croyais du moins, tant il avait bien su nous le faire croire, oh! si bien que, tout en mangeant, j’en parlais a mon camarade ici present, lequel partageait ma facon de voir, comme il vous le certifiera lui-meme. Le collegue de Sandri inclina le menton en signe d’adhesion pour le relever en le faisant suivre de son verre. –Le diable etait donc enferme dans cette cellule: et par la fenetre (nous avions bien regarde) il n’etait pas possible d’atteindre avec la main les branches du lierre. Cela du moins nous avait semble ainsi. . . Celles qui arrivaient pres de la fenetre n’etaient pas plus grosses que des tuyaux de plumes de pigeons. . . Son carnier, nous avions pense a le visiter. . . mais trop tard sans doute.

–Il avait contenu un lapin roti, dit l’autre gendarme, maudit lapin qui fleurait bon et qui nous a fait oublier tout le reste! –L’homme, reprit Sandri, ne faisait aucun bruit. . . Nous aurions pu aller le voir plus souvent, c’est vrai, nous aurions pu appeler de temps en temps,–mais toute l’affaire n’a pas dure plus d’un quart d’heure! Tonia ecoutait de toutes ses oreilles. –Nous aurions pu faire, dit melancoliquement l’autre gendarme, tout ce que nous n’avons pas fait. . . Quel lapin! Orsini crut que le gendarme parlait de Maurin: –Il faut qu’il vous ait ensorcele pour que vous fassiez encore son eloge! –Je l’avoue.

Il etait cuit et dore a point, avec un bon gout de farigoule a se pourlecher les doigts. –Ah! bon! ce n’est donc pas ce Maurin que vous flattez de cette maniere? –C’est ce lapin dont nous avons dejeune. . . quoique ce soit lui, apres tout, la cause de tout le mal. Sans lui, Maurin vous rendrait visite a cette heure en meme temps que nous. Car reflechissez, Sandri, que ce lapin, c’est Maurin qui nous l’avait donne, le vin aussi et tout le reste; et ce fut, je pense, pour nous endormir dans les plaisirs du manger et du boire.

Comment se mefier d’un homme qui si bien vous nourrit quand vous crevez de faim? –C’est justement de quoi il fallait se mefier! dit Orsini. Tonia ecoutait toujours avec la plus grande attention, et elle souriait en silence. –Nous l’avons reconnu trop tard, confessa Sandri piteusement.

« Et lorsqu’a la fin l’idee nous prit de l’appeler pour voir s’il y etait encore,–car, bien que l’evasion nous parut chose impossible, nous appelames le prisonnier (mais trop tard) pour etre en regle avec la prudence,–rien ne repondit.

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