Par-dessus se courbe un renflement gras, lineaire dans un bas uni et violatre

Et les lois conventionnelles qui entravent la sincere et brusque manifestation de l’amour?. . .

Quels imbeciles prejuges!. . .

Une balle crasseuse roule vers la chaise de Doriaste. Apparait le proprietaire: un baby, un gnome bouffi, chancelant, have, chevelu de jaune clair, et qui fixe le chroniqueur de ses gros yeux lactescents.

Doriaste ramasse le jouet, car la voisine, tout de suite, a coule l’oeil vers l’enfant.

Lui le caresse et lui parle, sur que l’instinct de maternite la tiendra forcement attentive a leur mimique et a leurs dires. Il tarabuste l’enfant lourd, ballonne d’etoffe blanche, et dont la laideur l’irrite. Il lui serine des inepties que le petit repete en begayant et bavant. Tout a coup le mioche de pleurer a sanglots. –« Monsieur, prie-t-elle, mais laissez-le donc;. . . viens, va! mon petit garcon.  » Elle a chante, cette voix, sur une inflexion parisienne imperieuse, donnant la sensation d’avoir ete percue lors de querelles. Et, cependant qu’il conduit a la dame le pleurnicheur, il ne trouve rien de spirituel a enoncer, tant l’absorbe la desillusion de son ouie. Au hasard, il lache, avec un espoir de pitoyante reponse:–« Madame, vous aurez sans doute plus de chance que moi! je fais pleurer tous ceux que je veux aimer. . .

 » Elle sourit, moqueuse. C’est une grue, juge Doriaste.

Le subit interet pris a ses paroles denonce l’envie de se livrer; et la facon rapide dont elle l’exprime decele que cette envie lui est coutumiere. Il s’enhardit avec, deja, la prevision d’un souper, d’une baignoire de petit theatre.

Justement il garde en poche les vingt louis de ses derniers articles.

Et, tout en calculant la depense probable de cette fredaine, il conte a la jeune femme l’histoire d’une maitresse suicidee, bien convaincu qu’elle n’y veut croire, mais pensant la flatter par ce site la peine qu’il se donne. Silencieuse, elle essuie de son fin mouchoir les joues de l’enfant, puis elle l’embrasse. Doriaste pousse alors un profond soupir tout en s’avouant a lui-meme cette comedie ridicule.

Elle hausse les epaules. Ce qui le froisse: elle l’ennuie a la fin avec ses manieres! Il debite des sottises, soit; mais les femmes sont si nulles. Pour varier il la complimente.

Il lui declare comment sa toilette, harmonisee par un art dilettante, la designe l’amie de gout que l’on reve. Il decline sa position sociale, comptant sur ce titre d’homme de lettres pour la fasciner. Elle, palie un peu, se leve, s’en va. Ne point s’opposer a son depart? le jeune homme estime excellente cette tactique. A la regarder filant parmi la foule badaude, avec sa taille svelte qui s’erige hors le gonflement de la jupe, il la trouve plus desirable encore et son esprit s’opiniatre a imaginer tout ce corps sans robe, sur un lit. La lumiere qui se filtre par la verdure tendre des marronniers s’en vient voluter autour de ses formes que la marche ondule. Et l’oeil de Doriaste longtemps vise l’epaisse torsade blonde ou se contourne toute la chevelure qui monte dans le faitage du chapeau.

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