–oui, repondit-elle en lui presentant une allumette, toujours votre vieille tactique pour changer la conversation; tenez,

Don Jaime se mit a rire sans repondre et alluma sa cigarette. –A propos, dit-il au bout d’un instant, avez-vous vu quelqu’un du rancho? –Oui, il y a une quinzaine de jours, Loick est venu avec sa femme Therese, il nous a apporte quelques fromages et deux outres de pulque. –Il n’a rien dit de l’Arenal? –Non, tout y allait comme a l’ordinaire.

–Tant mieux. –Il a seulement parle d’un blesse. –Ah! Ah! Eh bien? –Mon Dieu, je ne me rappelle plus le site trop ce qu’il a dit. –Attendez, mon oncle, je m’en souviens, moi; le voici textuellement: Senorita, lorsque vous verrez votre oncle, veuillez l’avertir que le blesse qu’il avait place dans le souterrain, sous la garde de Lopez, a profite de l’absence de celui-ci pour s’echapper, et que, malgre toutes nos recherches, il nous a ete impossible de le retrouver. –Malediction! s’ecria don Jaime, avec fureur, pourquoi cet imbecile de Dominique ne l’a-t-il pas laisse mourir comme une bete feroce; je me doutais que cela finirait ainsi! Mais, remarquant la surprise qui se peignait sur le visage des deux dames, a ces etranges paroles il se tut et feignant la plus complete indifference: –Voila tout? reprit-il. –Oui, mon oncle, seulement il m’a bien recommande de ne pas oublier de vous en prevenir. –Oh! La chose n’en valait pas la peine, mais c’est egal, chere enfant, je vous remercie; maintenant, ajouta-t-il, en se levant de table, je suis force de vous quitter. –Deja! s’ecrierent les deux dames en abandonnant vivement leurs sieges. –Il le faut! A moins d’evenements imprevus, je dois etre cette nuit a un rendez-vous fort eloigne d’ici; mais, j’aurai soin si je ne puis revenir aussitot que je l’espere, de me faire remplacer par don Estevan, afin que vous ne demeuriez pas sans protecteurs. –Ce ne sera pas la meme chose. –Je vous remercie; ah ca! Avant de nous separer, causons un peu d’affaires; l’argent que je vous ai remis la derniere fois que je vous ai vues, doit etre a peu pres epuise, n’est-ce pas? –Oh! Nous ne depensons pas beaucoup mon frere, nous vivons avec une grande economie, il nous reste encore une certaine somme. –Tant mieux, ma soeur, il est toujours preferable d’avoir, trop que pas assez; donc, comme je suis assez riche en ce moment, j’ai mis de cote, pour vous, une soixantaine d’onces, veuillez m’en debarrasser, je vous prie. Et fouillant dans son dolman, il en retira une longue bourse en soie rouge, a travers les mailles de laquelle, on voyait etinceler l’or. –Mais, c’est trop, mon frere; que voulez-vous que nous fassions d’une si grosse somme? –Ce que vous voudrez, ma soeur; cela ne me regarde pas, prenez toujours. –Puisque vous l’exigez. –Pardieu, a propos, vous trouverez peut-etre une quarantaine d’onces en sus de la somme que je vous ai annoncee; elles serviront a votre toilette, ma soeur, et a celle de Carmen, je veux qu’elle puisse se faire elegante quand cela lui plaira. –Mon bon oncle! s’ecria la jeune fille, je suis sure que vous vous privez pour nous.

–Cela ne vous regarde pas, senorita, je veux vous voir belle, moi, c’est mon caprice; votre devoir de niece soumise, est de m’obeir, sans vous permettre d’observations, allons, embrassez-moi toutes deux, et laissez-moi partir, je n’ai que trop tarde deja.

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