–ouf! dit il, je meurs de faim, mes amis! xxiii le souper les jeunes gens examinaient

Raimbaut apporta, aide par Lanca Ibarru, une table toute garnie qu’il placa devant don Adolfo.

–Pardieu, messieurs, dit gaiment l’aventurier, monsieur Raimbaut a eu la charmante attention de mettre trois couverts, prevoyant sans doute que vous ne refuseriez pas de me tenir compagnie; faites donc, je vous prie, treve pour un instant a vos pensees, et venez vous mettre a table. –De grand coeur, repondirent-ils en prenant place a ses cotes. Le repas commenca; don Adolfo mangeait de bon appetit tout en causant avec une verve et un entrain que jamais jusqu’alors ses amis ne lui avaient vue, il ne tarissait pas, c’etait un feu roulant de saillies, de mots spirituels, d’anecdotes finement racontees qui jaillissaient de ses levres en gerbes flamboyantes.

Les jeunes gens se regardaient, ils ne comprenaient rien a cette humeur singuliere; car, malgre la gaite de ses propos et le laisser-aller de ses manieres, le front de l’aventurier demeurait soucieux et son visage gardait le masque froidement railleur qui lui etait habituel. Cependant, excites malgre eux par cette gaite communicative au supreme degre, ils n’avaient pas tarde a oublier toutes leurs preoccupations et a se laisser gagner par cette joie si franche en apparence; bientot ce fut une lutte de rires et de mots joyeux qui se melaient au choc des verres et aux cliquetis des couteaux et des fourchettes. Les domestiques avaient ete renvoyes et les trois amis laisses seuls. –Ma foi, messieurs, dit don Adolfo en debouchant une bouteille de champagne, de tous les repas, a mon avis, le meilleur est le souper; nos peres le cherissaient et ils avaient raison; entre autres bonnes coutumes qui s’en vont, celle-ci se perd et bientot elle sera completement oubliee, je la regretterai sincerement. Il remplit les verres de ses compagnons. –Laissez-moi, reprit-il, boire a votre sante avec ce vin, l’un des plus charmants produits de votre pays.

Et apres avoir trinque, il vida son verre d’un trait. Les bouteilles se succedaient rapidement les unes aux autres, les verres etaient aussitot vides que remplis. Les tetes ne tarderent pas a s’echauffer. Alors on alluma les cigares et on attaqua les liqueurs, le rhum de la Jamaique, le refino de Cataluna, l’eau de vie de France. Puis, les coudes sur la table, enveloppes d’un epais nuage de fumee odorante, les convives causerent avec un peu plus de suite et voir la page insensiblement, sans qu’ils s’en apercussent eux-memes, leur entretien prit tout doucement un tour plus serieux et plus confidentiel. –Bah! fit tout a coup Dominique en se renversant avec beatitude sur le dossier de sa chaise, la vie est une bonne chose et surtout une belle chose! A cette boutade qui tombait ex-abrupto comme un aerolithe au milieu de la conversation, l’aventurier eclata d’un rire nerveux et saccade. –Bravo! dit-il, voila de la philosophie au premier chef. Cet homme qui est ne, il ne sait de qui, il ne sait ou, qui a pousse comme un vigoureux champignon, sans s’etre jamais connu d’autre ami que moi, qui ne possede pas un real vaillant au soleil, trouve la vie une belle chose et se felicite d’en jouir, pardieu je serais curieux de le voir developper un peu cette belle theorie.

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