On ne voyait pas souvent maurin et pastoure causer ensemble

Meme au fond des solitudes, Pastoure (c’etait, comme il le disait, sa nature) adressait rarement la parole a ses compagnons de chasse.

En revanche, lorsqu’il etait ou se croyait completement seul, il bavardait a voix haute avec de grands gestes. Cet homme etait l’incarnation du monologue. Quant a ses gestes, ils etaient celebres. On le voyait parfois, en silhouette sombre sur le bleu du plein ciel, au sommet d’une colline, agiter ses longs bras comme un telegraphe. C’est qu’alors il se designait a lui-meme les chemins strategiques par ou il devait passer pour forcer un sanglier ou retrouver une compagnie de perdreaux. Pastoure etait donc sorti un peu avant Maurin, il avait detache, toujours en silence, l’un des chevaux des gendarmes; et maintenant Maurin, a ses cotes, detachait l’autre.

Deux secondes plus tard, dans l’encadrement lumineux de la porte ouverte, Maurin des Maures apparut a cheval.

Parlo-Soulet, egalement a cheval, se tenait modestement dans l’ombre.

Maurin portait sur l’echine son carnier, quarante livres! et son fusil a deux coups. –Votre proces-verbal, cria-t-il, vous le ferez maintenant pour quelque chose. . . Attrapez-moi si vous pouvez!. . . A ce jeu-la, je vous ferai tomber vos joues de pomme d’api, gendarme Sandri! Il riait. Le gendarme bondit vers la porte. Maurin tourna bride et disparut. On entendit quelque temps le galop des deux lourdes betes.

Elles battaient la route qui longe le torrent au fond de la gorge, entre les hautes collines.

–Comment! il a pris les deux chevaux! criaient les gendarmes. –Ils ont l’habitude d’aller ensemble, vos chevaux; l’autre a suivi le premier, repliqua l’un des assistants au milieu des rires. –Il me la paiera cher, ce Maurin! cria le gendarme aux joues roses, qui n’avait pas remarque la disparition de Pastoure. Et il se mit a disputer violemment avec son camarade ce site sur la conduite a tenir; finalement ils renoncerent a poursuivre, a pied, leurs montures, et se mirent seance tenante, a rediger leur rapport. Tache difficile! Une heure s’ecoula. La Corsoise tout a coup se leva pour aller ecouter sur le pas de la porte.

Elle restait la, songeuse. Au bout d’un assez long temps: –Les chevaux!.

. . Ils reviennent! s’ecria-t-elle. Tous les buveurs s’elancerent sur la route.

Les chevaux arrivaient. . .

Leur galop se ralentit. Les gens se communiquaient leurs reflexions: –Ils s’arretent.

.

. chut!. . . Voici qu’ils repartent.

. . ils arrivent! ils arrivent! On entendait maintenant le bruit d’un double trot.

. . –Ils arrivent! les voici! Dans le carre de lumiere que dessinait sur la poussiere du chemin la porte ouverte de l’auberge, les deux puissantes betes sans cavaliers s’arreterent tranquillement. Les gendarmes aussitot furent en selle. –Ou allez-vous a cette heure? leur cria-t-on. Croyez-vous que Maurin vous attende sur la route? Il doit etre en plein bois,–de sur! Attendez ici jusqu’a demain! Les gendarmes n’entendaient plus rien. Persuades que la grande ruse de Maurin serait de regagner tranquillement sa maison, comme le dernier endroit ou l’on songerait a le rencontrer,–ils galopaient vers Cogolin et Grimaud.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *