On lui a dit qu’elle vient habiter des fois a saint-raphael et il jure qu’il ira

–Je vois, dit Maurin, que c’est un fier imbecile et qu’il est temps que je me fasse connaitre a lui. Sans cela, cette tete pas finie fera quelque escooufestre (scandale) et troublera le menage de quelque pauvre dame avec ses imaginations qu’un diable lui souffle! Je paraitrai. Pour peu que je tarde, il se croira fils de pape! –Tu aurais du paraitre plus tot, fit le vieux Saulnier. –Eh! je n’ai pas pu. C’est toute une histoire. J’ai cru bien faire en ne disant jamais rien, rapport a la mere.

.

. Mon secret n’est pas a moi. . .

Merci, Saulnier.

Tiens, voila mon « merci ». Maurin payait de temps en temps de quelque gibier, poil ou plume, les services de son brave ami le cantonnier. Il lui offrit, cette fois, deux lapereaux que l’autre pourrait vendre au conducteur de la diligence.

–A propos, dit Maurin en le quittant, je te ferai donner une gratification par le prefet. Il dit cela simplement, comme un sultan qui annonce a un pauvre qu’il lui enverra son vizir, porteur d’une bourse bien garnie. Et l’autre ne s’etonna pas. –Merci, Maurin, dit-il, tu es brave.

Un peu de protection, ca n’est jamais de refus. Tout va par protection sur la terre. Le merite, on s’en fiche!. . . Maurin s’en alla meditant, se demandant a quel jour, a quelle heure, de quelle facon, en quels termes il ferait irruption dans la vie de l’enfant perdu, en train de devenir comme il disait: « un mauvais homme.  » –Ah! Dieu t’a abandonne, mon gaillard? Eh bien! attends un peu: je vais te le rendre. CHAPITRE XXXIII De la rencontre qu’eurent pour la premiere fois Maurin des Maures et son fils Cesariot sous un arbre qui est celebre dans le Var sous le nom de _Pin Berthaud_, et comment le don voir la page Juan des bois se revela pere de famille a la romaine et a la provencale. Decide a avoir une conversation avec le jeune Cesariot, Maurin partit un beau matin pour Saint-Tropez. Il se trouva que le meme matin Cesariot, muni de quelque argent que lui avaient donne ses patrons, a la suite d’une peche miraculeuse, prenait de nouveau le chemin de Toulon, ou il allait « s’amuser ». Maurin le rencontra sous le _Pin Berthaud_, pin gigantesque bien connu dans tout le golfe, mais dont la celebrite est devenue universelle, depuis que sous son ombre le roi des Maures et son dauphin de la main gauche s’y rencontrerent pour une memorable conversation. On le trouve, depuis, cite dans tous les guides. Il offre d’ailleurs, a tous les passants, une ombre veritable sous laquelle il est agreable de se reposer un instant. Cesariot, qui ne connaissait Maurin des Maures que pour en avoir entendu parler comme tout le monde, cheminait d’un air preoccupe, sournois, la tete basse, l’oeil inquiet. . . Son idee fixe le tourmentait. Maurin l’arreta d’un mot.

–C’est a toi qu’on a mis Cesariot? (Cela signifie: « C’est bien toi qu’on a baptise Cesariot? ») Il y avait dans cette tournure de phrase provencale une raillerie a l’adresse de son nom, que Cesariot releva a sa maniere: –ca vous regarde, vous? fit-il d’un ton bourru.

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