On avait introduit les fugitifs dans une espece de parloir ou ils attendaient, poursuivis par la

de Charny. Quand la porte du parloir s’ouvrit, l’abbesse tressaillit et serra le voile autour de son visage. –Soyez les bienvenues, mes soeurs; et vous, messieurs, esperez, dit-elle. Sa voix grave et douce calma leurs angoisses; il parut a Claudine qu’ils n’avaient plus rien a craindre; elle s’inclina sur la main de l’abbesse et la baisa. Belle-Rose sentit son coeur battre sans qu’il put comprendre pourquoi.

–Dites a cet homme qui frappe a notre porte, reprit l’abbesse en s’adressant a une soeur, que la superieure de l’abbaye de Sainte-Claire d’Ennery va sur l’heure lui repondre elle-meme. L’abbesse se retira et la soeur sortit pour executer son ordre.

Aux paroles de la soeur, M. de Charny jeta un regard de triomphe sur M. de Pomereux et remit son epee au fourreau. M. de Pomereux fronca les sourcils et se demanda s’il ne ferait pas bien de tomber sur la marechaussee avec ses gens; mais il comprit qu’il serait toujours temps d’en venir a cette extremite en cas d’alerte et attendit. –Mais, s’ecria tout a coup M. de Charny, je ne vois plus le capitaine Breguiboul; qu’est-il donc devenu? –Ma foi, repondit le comte, je me suis battu avec lui, et je crois que je l’ai tue. M. de Charny regarda M. de Pomereux, sourit et ne repondit pas. –Allons, pensa le comte, s’il se tait, c’est qu’il me croit perdu. Un quart d’heure se passa dans un profond silence. Les chevaux, animes par la course, creusaient le sol de leurs sabots; M.

de Charny allait et venait, sombre et menacant, devant la grande porte de l’abbaye.

M. de Pomereux examinait a la derobee l’amorce de ses pistolets.

–Apres tout, se disait-il, ce M. de Charny est un bandit, et j’en serai quitte pour un voyage a l’etranger. Il venait de l’interieur de l’abbaye une rumeur confuse, et l’on voyait luire, derriere les vitraux, des clartes qui faisaient tout a coup rayonner les saints et les vierges dans leurs nimbes d’or. Bientot la rosace et les vitraux s’illuminerent; on entendit les soupirs de l’orgue qui s’eveillait, et le grand edifice de pierre versa sur la campagne ici endormie l’harmonie et la lumiere. M. de Charny et M. de Pomereux se regarderent tout etonnes.

Au meme instant la grande porte de l’abbaye s’ouvrit a deux battants, et un spectacle merveilleux s’offrit aux regards des cavaliers.

Le sanctuaire de l’abbaye resplendissait; mille bougies fichees aux bras des lustres et dans les candelabres d’argent, faisaient etinceler les chasses et les croix; les bannieres flottaient autour de l’autel et l’encens fumait dans les cassolettes; les soeurs inclinees sous leurs voiles chantaient les hymnes sacrees, et l’on voyait, au pied de la croix protectrice, les fugitifs agenouilles. Le Christ semblait les couvrir de ses bras mutiles, et les anges de marbre elevaient vers le ciel leurs mains jointes dans l’attitude de la priere.

Au moment ou la porte roula sur ses gonds, l’abbesse, precedee de la croix et de la banniere, et suivie des religieuses rangees en longues files, se tourna vers le porche.

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