–oh, oh! monsieur olivier, laissez moi croire que vous vous trompez, que nous nous verrons souvent

L’autre hocha la tete a plusieurs reprises. –Monsieur le comte, dit-il enfin, vous etes gentilhomme, riche et bien pose dans le monde, moi je ne suis qu’un aventurier, dont vous ignorez la vie passee et dont a peine vous savez le nom, en supposant que celui que je porte en ce moment soit le veritable; nos positions sont trop differentes, il y a entre nous une ligne de demarcation trop nettement tranchee, pour que nous puissions etre vis-a-vis l’un de l’autre sur un pied d’egalite convenable. Aussitot que voir la page nous serons rentres dans les exigences de la vie civilisee; je suis plus age que vous, j’ai une plus grande experience du monde, je ne tarderai pas a vous etre a charge; n’insistez donc pas sur ce sujet et restons chacun a notre place. Cela, soyez-en convaincu, vaudra mieux et pour vous et pour moi; je suis en ce moment plutot votre guide que votre ami, cette position est la seule qui me convienne; laissez-la moi.

Le comte se preparait a repondre, mais Olivier lui saisit vivement le bras. –Silence, lui dit-il, ecoutez. .

. –Je n’entends rien, fit le jeune homme au bout d’un instant. –C’est juste, reprit l’autre avec un sourire, vos oreilles ne sont pas comme les miennes ouvertes a tous les bruits qui troublent le silence du desert: une voiture s’approche rapidement du cote d’Orizaba, elle suit la meme route que nous; bientot vous la verrez paraitre, je distingue parfaitement le tintement des grelots des mules. –C’est sans doute la diligence de la Veracruz, dans laquelle sont mes domestiques et mes bagages et que nous ne precedons que de quelques heures. –Peut-etre oui, peut-etre non, je serais etonne qu’elle nous eut rejoint aussi vite. –Que nous importe, dit le comte. –Rien, en effet, si c’est elle, reprit l’autre apres un instant de reflexion; dans tous les cas, il est bon de nous precautionner. –Nous precautionner, pourquoi? fit le jeune homme avec etonnement. Olivier lui lanca un regard d’une expression singuliere. –Vous ne savez encore rien de la vie americaine, repondit-il enfin: au Mexique, la premiere loi de l’existence est de toujours se premunir contre les eventualites probables d’un guet-apens. Suivez-moi et faites ce que vous me verrez faire.

–Allons-nous donc nous cacher? –Parbleu! fit-il en haussant les epaules. Sans repondre autrement, il se rapprocha de son cheval auquel il remit la bride et sauta en selle avec une legerete et une dexterite denotant une grande habitude, puis il s’elanca au galop, vers un fourre de liquidambars eloigne d’une centaine de metres au plus.

Le comte, domine malgre lui par l’ascendant que cet homme avait su prendre sur lui, par ses etranges facons d’agir depuis qu’ils voyageaient ensemble, se mit en selle et s’elanca sur ses traces. –Bien, fit l’aventurier, des qu’ils se trouverent completement abrites derriere les arbres, maintenant attendons. Quelques minutes s’ecoulerent. –Regardez, dit laconiquement Olivier, en etendant le bras dans la direction du petit bois dont eux-memes etaient sortis deux heures auparavant.

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