–oh! murmura-t-il en se laissant tomber sur un fauteuil et se tordant les bras avec desespoir,

–Oui, et bien completement perdu, don Horacio, fit-il avec mepris, car la mort meme ne saurait te sauver du deshonneur. –Parlez, au nom du ciel! s’ecria dona Maria en s’approchant de son beau-frere; n’est-ce pas que je ne me suis pas trompee? Que don Jaime a bien dit la verite, que j’ai un fils enfin! Et que ce fils est le frere jumeau de ma bien-aimee Carmen. –Oui, murmura-t-il d’une voix sourde. –Oh! Soyez beni, mon Dieu! s’ecria-t-elle avec une expression de joie ineffable; et ce fils vous savez ou il est, vous me le rendrez, n’est-ce pas? Je vous en supplie, songez que je ne l’ai jamais vu, que j’ai besoin de ses caresses, ou est-il? Dites-le moi. –Ou il est? –Oui. –Je ne sais pas, repondit-il froidement.

La malheureuse mere se laissa tomber sur un siege en se cachant la tete dans les mains. Don Jaime s’approcha d’elle.

–Courage, pauvre femme! lui dit-il doucement.

Il y eut un instant de silence funebre; dans cette chambre ou tant de personnes se trouvaient reunies, seul on entendait le bruit des respirations sifflantes et celui des sanglots etouffes de dona Maria et des deux jeunes filles. Don Horacio fit un pas en avant. –Mon noble beau-frere, dit-il d’un ton ferme empreint d’une certaine grandeur, priez, je vous prie, ces caballeros de se retirer dans une piece attenante; je desire pour quelques instants demeurer seul avec vous et ma belle-soeur. Don Jaime s’inclina et s’adressant au comte: –Mon ami, lui dit-il, soyez assez bon pour conduire site de l’entreprise ces dames dans le salon qui precede cette piece.

Le comte presenta la main aux jeunes filles et sortit sans repondre, suivi de tous les assistants qui sur un signe de don Jaime se retirerent silencieusement. Seul, Dominique etait demeure fixant un oeil ardent sur don Horacio. –Quant a moi, dit-il d’une voix sombre, comme j’ignore ce qui va se passer ici et que je redoute un piege ou un guet-apens, je ne sortirai que sur l’ordre expres de don Jaime, c’est lui qui m’a eleve, je suis son fils d’adoption, mon devoir est de le defendre.

–Demeurez donc, senor, repondit don Horacio avec un sourire triste, puisque vous etes presque de notre famille. Don Jaime s’avanca alors. –Mon beau-frere, lui dit-il, ce fils que vous aviez enleve a ma soeur, l’heritier des ducs de Tobar que vous croyiez perdu, je l’ai sauve, moi! Dominique, embrassez votre mere! Maria, voila votre fils! –Ma mere! s’ecria le jeune homme en s’elancant vers elle avec un bond de tigre, ma mere! –Mon fils! murmura dona Maria d’une voix mourante et elle tomba evanouie dans les bras de l’enfant qu’elle venait enfin de retrouver. Forte contre la douleur comme toutes les natures d’elite, la joie l’avait vaincue. Dominique enleva sa mere dans ses bras vigoureux, la deposa sur une chaise longue; puis, les sourcils fronces, le regard plein d’eclairs, les levres serrees, il s’avanca a pas lents vers don Horacio. Celui-ci le regardait approcher avec un frissonnement de terreur, l’oeil fixe et le front pale, reculant pas a pas devant lui jusqu’a ce qu’enfin, sentant la tapisserie a son epaule, il fut malgre lui contraint de s’arreter.

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