Nul autre bruit que le susurrement continu des infiniment petits, qui travaillent sans cesse au labeur

C’etait, en un mot, une de ces tiedes et pures nuits americaines, ignorees dans nos froids climats moins favorises du ciel, et qui plongent l’ame dans de douces et melancoliques reveries. Tout a coup une ombre surgit a l’horizon, grandit rapidement et dessina bientot la silhouette noire et indecise encore d’un cavalier; le bruit des sabots d’un cheval, frappant a coups hatifs la terre durcie, ne laissa bientot plus de doute a cet egard. Un cavalier s’approchait effectivement; il suivait la direction de Puebla; a demi assoupi sur sa monture, il lui tenait la bride assez lache, et la laissait a peu pres se diriger a sa guise, lorsque celle-ci arrivee a une espece de carrefour, au milieu duquel s’elevait une croix, fit subitement un ecart et sauta de cote en dressant les oreilles et en reculant avec force. Le cavalier, brusquement tire de son sommeil ou ce qui est plus probable de ses reflexions, bondit sur la selle et aurait ete desarconne, si, par un mouvement instinctif, il n’avait pas ramene son cheval en pesant fortement sur la bride. –!Hola! s’ecria-t-il en relevant vivement la tete et en portant la main a sa machette, tout en regardant avec inquietude autour de lui; que se passe-t-il donc ici? Allons, Moreno, mon bon cheval, que signifie cette frayeur? La, la calme-toi, mon ami, personne ne songe a nous. Mais bien que son maitre le flattat en lui parlant, et que tous deux parussent vivre en fort bonne intelligence, cependant l’animal continuait a renacler et a donner des marques de frayeur le site de plus en plus vives.

–Voila qui n’est pas naturel, !vive Dios! Tu n’as pas coutume de t’effrayer ainsi pour rien; mon bon Moreno, voyons, qu’y a-t-il? Et le voyageur regarda de nouveau autour de lui, mais cette fois plus attentivement et en abaissant son regard vers le sol. –Eh! fit-il tout a coup en apercevant un corps etendu sur le chemin, Moreno a raison; il y a quelque chose la, le cadavre de quelque hacendero sans doute, que les salteadores auront tue pour le depouiller plus a leur aise, et qu’ils auront abandonne ensuite, sans s’en soucier davantage; voyons donc cela. Tout en se parlant ainsi a demi-voix, le cavalier avait mis pied a terre. Mais comme notre homme etait prudent et, selon toutes probabilites, accoutume de longue date a parcourir les routes de la confederation mexicaine, il arma son fusil et se tint pret a l’attaque comme a la defense, au cas ou l’individu qu’il voulait secourir, s’aviserait de se lever a l’improviste, pour lui demander la bourse ou la vie, eventualite fort dans les moeurs du pays et contre laquelle il fallait avant tout se mettre en garde. Il s’approcha donc du cadavre, et il le considera un instant avec la plus serieuse attention. Il ne lui fallut qu’un coup d’oeil pour acquerir la certitude qu’il n’avait rien a redouter du malheureux qui gisait a ses pieds. –Hum! reprit-il en hochant la tete a plusieurs reprises, voila un pauvre diable qui me semble etre bien malade; s’il n’est pas mort, il n’en vaut guere mieux.

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