–nous sommes arrives, dit-il a voix basse, descendez de cheval, ici nous sommes en surete

–Croyez-vous? dit Dominique; il m’a semble pendant la marche entendre des cris d’oiseaux de nuit trop bien imites pour etre vrais. –Vous avez raison, reprit Leo Carral; ce sont les sentinelles ennemies qui s’avertissent, nous avons ete eventes, mais grace a la nuit et a ma connaissance des chemins, nous avons, provisoirement du moins, depiste ceux qui se sont mis a notre poursuite, ils nous cherchent dans une direction opposee a celle ou nous sommes.

–C’est aussi ce que j’ai cru comprendre, repondit Dominique. Le comte ecoutait avidement cette conversation, mais vainement, ce que disaient les deux hommes etait de l’hebreu pour lui; pour la premiere fois depuis qu’il etait au monde le hasard le placait dans une situation aussi singuliere; aussi l’experience lui manquait-elle completement; il etait loin de se douter qu’il avait traverse tous les avant-postes d’un campement ennemi, avait passe a portee de pistolets des sentinelles embusquees a droite et a gauche et echappe par miracle peut-etre vingt fois a la mort. –Senores, debarrassez les chevaux des sacs dont ils n’ont plus besoin, tandis que j’allumerai une torche d’_ocote_, dit alors Leo Carral.

Les jeunes gens obeirent, ils reconnaissaient tacitement le mayordomo pour chef de l’expedition. –Eh bien, est-ce fait? demanda au bout d’un instant le mayordomo. –Oui, repondit le comte, mais nous n’y voyons goutte, vous n’allumez donc pas votre torche? –Elle est allumee, mais il serait par trop imprudent d’en montrer ici la lumiere; suivez-moi entrainant vos chevaux par la bride. Il reprit la tete, pour les guider, et ils avancerent de nouveau, mais a pied, cette fois.

Bientot une lueur brilla devant eux, et les eclaira assez pour leur laisser distinguer les objets qui les entouraient. Ils etaient dans une grotte naturelle; cette grotte s’ouvrait au fond d’un couloir assez tortueux pour que la lueur de la torche ne fut pas apercue du dehors. –Ou diable sommes-nous ici? demanda le comte avec surprise. –Vous le voyez, seigneurie, dans une grotte.

–Tres bien, mais vous aviez une raison pour nous amener ici. –Certes, j’en avais une, seigneurie, et cette raison la voici: cette grotte, par un souterrain assez long, communique avec l’hacienda; ce souterrain a plusieurs issues dans la campagne et deux dans l’hacienda meme. Des deux issues qui aboutissent a l’hacienda, il en est une que moi seul connais, aujourd’hui meme j’ai bouche l’autre; mais, redoutant que don Melchior aie pendant voir la page ses promenades au dehors decouvert la grotte ou nous sommes, j’ai voulu la visiter cette nuit, afin de la murer solidement en dedans, et empecher ainsi que nous soyons surpris.

–Parfaitement raisonne, no Leo Carral; les pierres ne manquent pas, nous nous mettrons a l’oeuvre lorsque vous voudrez.

–Un instant, seigneurie, assurons-nous d’abord que d’autres ne nous ont pas precedes ici. –Hum! Cela me semble assez difficile. –Vous croyez, dit-il avec une legere ironie dans la voix. Il prit la torche qu’il avait plantee dans un coin et se pencha sur le sol, mais presqu’aussitot il se redressa en poussant un cri de colere et de rage.

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