–nous partirons quand vous voudrez, seigneur lieutenant, lui dit-il

Don Jesus s’inclina. L’escorte se mit en selle; le vieillard monta alors dans la berline dont la portiere fut fermee par un domestique qui prit place sur le siege a cote du cocher; quatre autres domestiques bien armes se rangerent derriere la voiture. –En route, cria l’officier. La moitie de l’escorte prit les devants, l’autre moitie drive-master.com forma l’arriere-garde, le cocher fouetta ses chevaux, et voiture et cavaliers emportes par un galop rapide disparurent dans un nuage de poussiere. –Que Dieu le protege! murmura le ventero en se signant et en faisant sauter dans sa main deux onces d’or que lui avait donnees don Antonio; ce vieillard est un digne gentilhomme, malheureusement don Jesus Dominguez est avec lui, et je crains bien que son escorte ne lui soit fatale. III LES SALTEADORES Cependant la berline roulait entouree par son escorte sur la route d’Orizaba. Mais a peu de distance de cette ville elle fit un crochet et par une traverse elle rejoignit le chemin de Puebla et s’avanca vers les defiles de las Cumbres; tout en courant a fond de train sur la route poudreuse, les deux voyageurs causaient entre eux. La dame qui accompagnait le vieillard etait une jeune fille de seize a dix-sept ans au plus; ses traits fins delicats, ses yeux bleus bordes de longs cils qui en s’abaissant tracaient un demi-cercle brun sur ses joues veloutees, son nez droit aux ailes roses et mobiles, sa bouche mignonne dont les levres de corail laissaient en s’entr’ouvrant apercevoir le double chapelet de perles de ses dents, son menton separe par une legere fossette, son teint pale dont la blancheur etait rendue plus mate par les boucles soyeuses d’une chevelure de jais dont son visage etait encadre et qui retombait sur ses epaules, lui formaient une de ces physionomies etranges et sympathiques, comme seuls en produisent les pays equinoxiaux, et qui, sans avoir la morbidesse de nos freles beautes des froids climats du nord, ont cet irresistible attrait qui fait rever l’ange dans la femme et impose non seulement l’amour, mais encore l’adoration. Gracieusement pelotonnee dans un angle de la voiture, a demi-enfoncee dans des flots de gaze, elle laissait d’un air reveur ses regards errer sur la campagne, ne repondant que d’un air distrait et par monosyllabes aux paroles que lui adressait son pere. Le vieillard, bien qu’il affectat une certaine assurance, paraissait cependant assez inquiet. –Voyez-vous, Dolores, disait-il, tout cela n’est pas clair; malgre les affirmations repetees des chefs du gouvernement de la Veracruz, et la protection dont ils feignent de m’entourer, je n’ai aucune confiance en eux. –Pourquoi donc, mon pere? repondit nonchalamment la jeune fille. –Pour mille raisons; la principale est que je suis Espagnol, et vous savez que malheureusement a l’epoque ou nous sommes, ce nom est un titre de plus a la haine des Mexicains contre tous les Europeens en general. –Cela n’est que trop vrai, mon pere, mais permettez-moi une question.

–Dites, Dolores, je vous ecoute.

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