Nous nous rencontrions alors dans la petite maison de la rue cassette, ou j’avais etabli ma

Ces rencontres etaient tour a tour douces et empoisonnees pour moi; pour lui elles etaient enivrantes ou terribles. Parfois il se souvenait de M. de Chateaufort: moi, je me souvenais de don Pedre. Cette vie me devint intolerable. Un jour je lui temoignai le desir que j’avais de rompre nos relations. Il resista. Je le priai avec des larmes dans la voix. . . Il m’offrit de m’enlever, de quitter la France, et d’aller vivre au bout du monde avec notre enfant. Cette proposition venait trop tard: je ne l’aimais plus. –Vous refusez, me dit-il; eh bien! si je n’ai pas la mere, du moins j’aurai l’enfant. Cette menace me vint au coeur. Mon enfant! comprenez-vous cela, dites? C’etait toute ma vie, a moi, mon refuge, mon esperance, mon repos, ma joie.

. . Ses sourires eclairaient mon desespoir. .

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Quand j’etais lasse de vivre, je l’embrassais et j’oubliais. –Mon enfant! m’ecriai-je, et je sentis tout d’un coup cette force et cette energie qui avaient si longtemps sommeille dans le coeur de la vierge. Mon enfant! ne l’ai-je donc pas assez paye de ma honte, de mes pleurs, de mes angoisses! L’enfant est a la mere, et vous voulez me l’arracher!. . . Cela ne sera pas, je vous le jure! Le lendemain, l’enfant avait disparu. M. d’Assonville n’eut pas le temps de se livrer a de longues recherches, la guerre qui venait de se rallumer en Flandre paris click l’obligea de quitter Paris, et je restai seule.

Seule apres avoir aime! seule! entendez-vous? Mon mari avait une haute position a la cour. . . J’etais jeune et belle.

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on se pressait autour de moi. . . je voulus oublier. . . je voulus tromper l’imagination. . . Les distractions qui s’offraient a moi, je les acceptai toutes.

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J’eus bien vite ma part d’influence et je m’en servis. Bientot meme j’aimai ou je crus aimer.

Je fis de mon existence un tourbillon; tous les succes, je les eus; tous les plaisirs, je les goutai; les femmes m’enviaient, les hommes m’admiraient, on me croyait heureuse, et je n’etais que folle! M. d’Assonville m’a bien souvent maudite.

. . il ne m’a pas vue aux heures ou j’etais seule! Que de fois n’ai-je pas pleure toute la nuit dans mon oratoire, comme une Madeleine aux pieds du Christ! Et puis, le lendemain, c’etaient des fetes et d’autres egarements! O mon Dieu! reprit Genevieve en sanglotant, je vous dis tout, a vous, Jacques, et vous allez me hair, me mepriser peut-etre! Ces temps d’erreurs, je les maudis. Si mon sang pouvait les effacer, je les verserais goutte a goutte. . .

Est-ce bien moi, la fille de ma mere, une sainte femme, qui ai pu passer par cette route-la? J’avais le vertige et je suivais ma pente quand je vous rencontrai! Vous en souvenez-vous, Jacques? –La trace du feu ne s’efface pas, dit Belle-Rose a demi-voix. –Mon Dieu! laissez-moi croire que vous me pardonnerez; je ne vous demande rien qu’un peu de cette pitie que vous avez pour tous les malheureux, reprit la duchesse, s’attachant aux mains de Belle-Rose, et si vous me maudissez encore, moi je vous benirai toujours; oui, je vous benirai, parce que vous m’avez tiree de cette vie miserable, parce que vous m’avez rendu l’amour, la jeunesse, la croyance; parce que vous avez fait descendre dans mon coeur un rayon de joie et de purete, parce que j’aime, enfin! Genevieve, inclinee sur la main de Belle-Rose, la couvrait de ses larmes et de ses baisers.

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