–nous ne l’avons pas cru un instant, senor, repondit poliment le comte

–Je vous remercie de la bonne opinion que vous avez de moi, senores; sans doute vous venez reclamer que cette jeune dame vous soit remise.

–C’est en effet notre intention, senor. –Et si je refuse de vous la laisser enlever, dit fierement don Melchior. –Je vous brulerai la cervelle, senor, interrompit froidement le partisan: croyez-moi, n’essayez pas de lutter contre moi, profitez plutot de la bonne disposition dans laquelle je me trouve en ce moment pour gagner au pied; car je pourrais me repentir bientot de cette derniere preuve de bonte que je vous donne et vous abandonner a vos ennemis. –Soit, dit don Melchior avec amertume, je me retire puisque j’y suis contraint; et toisant le comte avec mepris: Nous nous reverrons, senor, ajouta-t-il, et alors, je l’espere, si la force n’est pas entierement de mon cote, au moins les chances seront-elles egales. –Deja vous vous etes trompe a ce sujet, senor; j’ai trop confiance en Dieu pour croire qu’il n’en sera pas toujours ainsi. –Nous verrons! repondit-il sourdement en faisant quelques pas en arriere comme pour s’eloigner. –Et votre pere, ne desirez-vous pas savoir quel a ete pour lui le resultat de votre guet-apens? lui dit alors Dominique d’un ton de sourde menace.

–Je n’ai pas de pere, repondit haineusement don Melchior. –Non! s’ecria le comte avec degout, car vous l’avez tue. Le jeune homme frissonna, une paleur livide couvrit son visage, un sourire amer contracta ses levres minces, et jetant un regard venimeux sur ceux qui l’entouraient: –Place! cria-t-il d’une voix etranglee; soit, j’accepte cette nouvelle injure, faites place au parricide. Chacun se recula avec horreur, suivant, d’un oeil epouvante, ce monstre qui s’eloignait calme et paisible en apparence a travers la plaine.

Cuellar lui-meme le regarda se retirer eu hochant la tete. –Cet homme est un demon, murmura-t-il, et il fit le signe de la croix. Geste qui fut pieusement imite par ses soldats.

Dona Dolores fut doucement soulevee dans les bras de Dominique, placee sur le cheval du comte et les jeunes gens escortes par Cuellar retournerent aupres de don Andres. Les peones avaient panse tant bien que mal les blessures de leur maitre.

Sur l’ordre du comte, les peones confectionnerent un brancard avec des branches d’arbres, ils le couvrirent de leurs zarapes, et le vieillard y fut place cote a cote avec sa fille.

Cependant don Andres etait toujours sans connaissance. Cuellar prit alors conge du comte. –Je regrette plus que je ne saurais l’exprimer ce malheureux evenement, dit-il, avec une certaine tristesse; bien que cet homme soit un Espagnol et, par consequent, un ennemi du Mexique, cependant le facheux etat dans lequel je le vois reduit me remplit de compassion.

Les jeunes gens remercierent le rude partisan de cette preuve de sympathie et apres avoir releve leurs blesses, ils se separerent definitivement de lui et reprirent tristement la route de Puebla, ou ils arriverent, deux heures plus tard, accompagnes de plusieurs des parents site de l’entreprise de don Andres qui, avertis par un peon detache en avant, etaient sortis a leur rencontre.

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