Nous avons rapporte quel avait ete le succes de cette double attaque

Cuellar, il l’ignorait encore, avait perdu a cette affaire, sa premiere moitie de la cuadrilla engloutie tout entiere sous les debris du souterrain effondre; avec ce qui lui restait d’hommes, il soutenait en ce moment un combat acharne contre les peones de l’hacienda qui sachant qu’ils avaient affaire a la bande de Cuellar, le plus feroce et le plus sanguinaire de tous les guerilleros de JuArez, et que cette bande n’accordait pas de quartier, se battaient avec cette energie du desespoir qui decuple les forces. Cependant le combat se prolongeait; les peones embusques dans les appartements avaient garni les le site fenetres avec tout ce qui leur etait tombe sous les mains et tiraient a couvert sur les assaillants dissemines dans les cours et auxquels ils causaient des pertes sensibles. Cuellar etait furieux non seulement de cette resistance imprevue, mais encore du retard incomprehensible des soldats de sa cuadrilla qui etaient entres par la grotte et qui depuis longtemps deja auraient du l’avoir rejoint. Il avait a la verite entendu le bruit de l’explosion de la mine, mais comme alors il se trouvait assez loin encore de l’hacienda, dans une direction diametralement opposee a celle ou cette explosion avait eu lieu, le bruit n’etait parvenu a ses oreilles que sourd et indistinct et il ne s’en etait pas autrement preoccupe, mais le retard inexplicable de ses compagnons dans ce moment ou leur secours aurait ete si necessaire commencait a lui causer de vives inquietudes, et il se preparait a envoyer quelques-uns de ses hommes a la decouverte, avec mission de hater l’arrivee des retardataires, lorsque tout a coup des cris de victoire partirent de l’interieur meme des batiments qu’il attaquait et plusieurs guerilleros apparurent aux fenetres en agitant joyeusement leurs armes.

C’etait grace a don Melchior que ce succes decisif avait ete obtenu. Tandis que le gros des assiegeants attaquait les batiments de face il s’etait, accompagne de quelques hommes resolus, glisse dans l’ombre et par une fenetre basse, que dans le premier moment de confusion on avait oublie de barricader comme les autres, il s’etait introduit dans l’interieur et avait apparu a l’improviste devant les assieges que sa presence avait terrifies et sur lesquels ceux qui l’accompagnaient s’etaient precipite le sabre haut et le pistolet au poing. Ce ne fut plus alors un combat mais une horrible boucherie; les peones, malgre leurs prieres, etaient saisis par leurs vainqueurs, poignardes et precipites par les fenetres dans les cours.

Les guerilleros inonderent bientot tous les batiments de l’hacienda, poursuivant de chambre en chambre et massacrant sans pitie les malheureux peones.

Ils atteignirent ainsi un grand salon dont les larges portes a deux battants etaient ouvertes, mais arrives la, non seulement ils s’arreterent, mais encore ils reculerent avec un instinctif mouvement de frayeur devant le spectacle terrible qui s’offrit a leurs regards. Ce salon etait splendidement eclaire par une quantite de bougies placees dans tous les candelabres et sur tous les meubles.

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