Nonchalante, enlacante, onduleuse et feline, elle venait s’asseoir sur les genoux de philippe, qui, la rougeur

Apres avoir pendant quelques minutes tortille les moustaches de son fils, baise ses levres palies et ses cheveux soigneusement calamistres, elle se roulait sur la peau de tigre qui lui servait de descente de lit, croquait quelques biscuits, vidait d’un trait un verre de porto, puis d’un bond de gazelle s’elancant sous les draps bordes de points d’Angleterre, elle fermait delicieusement ses paupieres lisses aux cils longs et frisottants, disant avec un leger remuement de levres: –Allez vous coucher, monsieur, il est tard et j’ai sommeil! Quant au pauvre petit coeur de Philippe et a ses nerfs revoltes, leur tranquillite etait definitivement troublee. Il partait souvent, avant l’aurore, sur des chevaux retifs, par les plaines, sans trop savoir le but de ses courses aventureuses, ou il allait tirer les canards sauvages pendant des journees entieres dans des marais typhoides. Inquiet, fantasque et irritable, il cherchait ici depuis quelque temps des motifs ridicules de facherie a sa mere, disant que cette vie d’oisivete finissait par l’exasperer, que c’etait honteux pour un jeune homme de son age, qu’il retournerait au regiment _pour sur_! Puis, c’etaient des scenes attendrissantes, des larmes, des pardons implores, des protestations d’amour filial suivis de longues caresses et de baisers pames sur la bouche. IV Ce jour-la, ils avaient dine–une fantaisie de la Faenza–dans le petit boudoir tendu de satin mauve.

Un triste crepuscule pale filtrait a travers les vitres de l’etroite fenetre. La Faenza avait dit: N’allumons pas les bougies, cette penombre est bien douce. Lui s’etait tu avec un sourcillement vague. Des senteurs de magnolia flottaient dans l’air epaissi. Elle alluma une cigarette de dubeque, lui sa pipe de troubade. Pres de dix minutes s’ecoulerent dans un silence embarrasse. La Faenza, sans detourner la tete, dit: –Vous etes soucieux? –Non. Quelques minutes de silence encore. Soudain, raidissant ses membres dans un effort supreme, la Faenza tomba sur les genoux de son fils et, l’enlacant furieusement, elle lui dit presque sur les levres: –Philippe, tu ne m’aimes pas! Il baissa la tete sans repondre. Alors, elle se leva d’une secousse brusque, marcha fievreusement par la chambre; puis, s’arretant net, elle dit d’une voix sourde: –Oh! mon Dieu, que c’est affreux! Il faut que ca finisse. ecoute-moi, Philippe; tu le vois, tu le sens, je t’aime; et ce n’est pas l’amour d’une mere que j’ai pour toi, mais d’une femme eprise, d’une maitresse, entends-tu? Oh! oui, je te veux et tu seras a moi! Elle ricana comme une insensee, puis elle reprit: –Je suis ta mere; apres? la belle affaire! Est-ce que je te connais, moi? Je t’ai vu a sept ans une seule fois; tu es un etranger, un joli garcon, et tu m’as tourne la tete. . .

Avec ca que tu ne me desires pas, toi! Mais regarde-moi donc, je suis belle comme a vingt ans! Ah mais, il y a la morale. Oh! la morale! Je m’en moque! D’ailleurs tu ne sais pas, ta tante t’a tout cache. . . j’ai ete. . . entretenue, j’ai ete.

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