–non pas, reprit le cavalier, c’est ici que j’ai affaire

–Vous voulez entrer au palais? –Oui! –Il est trop matin, revenez dans deux heures. –Dans deux heures il sera trop tard, c’est tout de suite que j’entrerai. –Bah! fit en goguenardant le factionnaire, et s’adressant a son compagnon: Que penses-tu de cela, Pedrito? lui dit-il. –Eh! Eh! fit l’autre en ricanant, je pense que ce cavalier est etranger sans doute, qu’il se trompe et qu’il s’imagine etre a la porte d’un meson.

–Assez de grossieretes, droles, dit severement le cavalier, je n’ai perdu que trop de temps deja; prevenez l’officier de garde, hatez-vous. Le ton employe par l’inconnu parut faire une forte impression sur les soldats. Apres s’etre un instant concerte entre eux a voix basse, comme apres tout l’inconnu etait dans son droit et que ce qu’il demandait etait prevu par leur consigne, ils se deciderent enfin a le satisfaire, en frappant de la crosse de leur fusil contre la porte.

Au bout de deux ou trois minutes, cette porte s’ouvrit drive master et livra passage a un sergent facile a reconnaitre au cep de vigne, insigne de son grade, qu’il tenait a la main gauche. Apres s’etre informe aupres des factionnaires des motifs de leur appel, il salua poliment l’etranger, le pria d’attendre un instant et rentra laissant la porte ouverte derriere lui, mais presque aussitot il reparut precedant un capitaine en grande tenue de service. Le cavalier salua le capitaine et reitera la demande qu’il avait precedemment adressee aux factionnaires. –Je suis desespere de vous refuser, senor, repondit l’officier, mais la consigne nous defend d’introduire qui que ce soit dans le palais avant huit heures du matin; veuillez donc, si la cause qui vous amene est serieuse, revenir a l’heure que je vous indique, rien ne s’opposera a votre introduction. Et il s’inclina comme pour prendre conge.

–Pardon, capitaine, reprit le cavalier, encore un mot, s’il vous plait.

–Dites, senor. –C’est que ce mot, il est inutile qu’un autre que vous l’entende. –Rien de plus aise, senor, repondit l’officier en s’approchant jusqu’a toucher l’inconnu; maintenant parlez, je vous ecoute. Le cavalier se pencha de cote et murmura a voix basse quelques paroles que l’officier ecouta avec les marques de la plus profonde surprise. –etes-vous satisfait maintenant, capitaine? –Parfaitement, senor; et se tournant vers le sergent immobile a quelques pas: Ouvrez la porte, dit-il. –Inutile, repondit le cavalier, si vous le permettez, je descendrai ici, un soldat gardera mon cheval. –Comme il vous plaira, senor. Le cavalier mit pied a terre et jeta la bride au sergent, qui s’en empara en attendant qu’un soldat le vint remplacer. –Maintenant, capitaine, reprit l’etranger, si vous voulez mettre le comble a votre complaisance en me servant de guide et me conduisant vous-meme aupres de la personne qui m’attend, je suis a vos ordres. –C’est moi qui suis aux votres, senor, repondit l’officier et puisque vous le desirez j’aurai l’honneur de vous conduire. Ils entrerent alors dans le palais, laissant derriere eux le sergent et les deux factionnaires en proie a la plus grande surprise.

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