–non, je ne l’aime pas, repondit-elle avec dignite, mais peut-etre m’aime-t-il, lui; rien ne me prouve

–Je suis certaine que c’est moi qu’il aime! s’ecria Carmen. –Ma cherie, dit-elle en souriant, on n’est jamais certain de ces choses-la, meme quand on a devers soi les serments les plus solennels, a plus forte raison, quand ni un mot, ni un geste, ni un regard, ne sont la pour certifier qu’on ne se trompe pas. Je reprends donc: de deux choses l’une, ou le comte m’aime, ou il ne m’aime pas et suppose que moi j’ai de l’amour pour lui; dans un cas comme dans l’autre ma conduite est toute tracee, je dois attendre sans la provoquer une explication, qui ne saurait manquer d’avoir lieu entre nous, et qui, j’en suis convaincue, ne tardera pas; alors je vous le jure Carmen, je serai ce que je dois etre avec le comte, c’est-a-dire franche et loyale, et si apres cette explication il reste quelques doutes dans le coeur du comte, c’est qu’il aura absolument voulu les conserver, et il ne me restera plus qu’a courber tristement la tete, et a me resigner a mon sort. Voila tout ce qu’il m’est possible de vous promettre, ma cherie; autre chose, je n’oserais le faire, ma dignite de femme, le respect que je me dois a moi-meme, m’ont trace une ligne de conduite dont je crois de mon honneur de ne pas m’ecarter. –Ma chere Dolores, bien que fort affligee de votre resolution, cependant je suis contrainte d’avouer que c’est la seule que dans la circonstance presente il vous convienne d’adopter, ne me gardez donc pas rancune de ma mauvaise tete, je souffre tant. –Et moi? Croyez-vous donc, cherie, que je sois heureuse? Oh! Detrompez-vous si vous avez cette pensee; peut-etre suis-je plus malheureuse que vous encore. En ce moment on entendit craquer legerement le sable des allees. –Voici quelqu’un; dit dona Dolores. –C’est le comte, dit aussitot Carmen. –Comment le sais-tu, mignonne? La jeune fille rougit.

–Je le devine aux battements de mon coeur, murmura-t-elle doucement. –Il est seul, je crois. –Oui, il est seul. drive-master.com –Mon Dieu, se passerait-il quelque chose de nouveau? –Oh! Dieu veuille que non. Le comte parut a l’entree du bosquet; il etait seul en effet, il salua les jeunes filles et attendit qu’elles daignassent l’autoriser a penetrer plus avant. Dona Dolores lui tendit la main en souriant, tandis que sa compagne s’inclinait pour dissimuler sa rougeur. –Soyez le bienvenu, mon cousin, dit dona Dolores, vous arrivez tard aujourd’hui.

–Je suis heureux, ma cousine, repondit-il que vous vous soyez apercue de ce retard involontaire; mon ami don Domingo, force d’aller matin de bonne heure a deux lieues de la ville, m’avait charge d’une commission qu’il m’a fallu remplir avant que d’avoir le bonheur de vous rendre mes devoirs. –Voici une excuse parfaitement motivee, mon cousin, et nous vous absolvons, Carmen et moi; maintenant asseyez-vous, la, entre nous deux, et causons.

–Avec le plus grand plaisir, ma cousine. Il entra alors dans le bosquet, et s’assit entre les deux jeunes filles. –Permettez-moi, dona Carmen, reprit-il, en se penchant avec courtoisie vers la jeune fille, de vous presenter mes respectueux hommages et de m’informer de votre chere sante.

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