N’est-ce pas un premier duel et son aureole de bravoure qui la conquit

Au contraire, s’il blesse le mari, elle l’aimera pour son triomphe. Oh! la logique des femmes, comme il la connait.

Machinalement, sous les couvertures, il refait du poignet, du pouce, les feintes apprises. Sans doute l’adversaire aura le jeu sec de l’armee et l’epee theorique. Par ce degage il lui joindra la poitrine, le ventre par cet autre. Et s’il commet la sottise de se decouvrir par un coupe, on lui menage certaine riposte. . . Puis, defile le rappel de ses combats d’honneur, Cluseret faillit le transpercer il y a deux ans. . . Si le mari de Marceline le tuait? Non, c’est une chose rare ces accidents. D’ailleurs, il aura mene joyeuse vie ces cinq dernieres annees. Que de maitresses, mes enfants, que de cocus et quelles noces!. .

. La mort? Le nirvana sans doute, le complet repos des phenomenes.

Ou, avenir terrifiant, une multitude de petites existences, d’etres minuscules qui naissent de la decomposition; et la mort ce sera la vie infiniment multiple, avec toutes les douleurs, attenuees site de l’entreprise pourtant, et mises au point psychologique de ces larves. Quelle destinee: des joies et des desespoirs de microbes! La mort, est-ce la negation absolue? L’inconcevable, alors? Car, si l’absolu se pouvait concevoir, il s’etablirait un rapport entre lui et le concevant, c’est-a-dire que l’absolu serait relatif, proposition contradictoire. Oh! stupidite immense des hommes. Penser que la philosophie officielle raisonne encore dans son ineptie beate, sur l’absolu inconnaissable. . . Sonne deux fois le cartel. Il reste encore quatre heures a dormir; et le sommeil s’impose absolument necessaire pour se trouver dispos le matin. Au reste, il est tres calme, tres brave. Une derniere fois Doriaste mime dans le vide la botte sur laquelle il compte. Il s’y peut fier decidement, et, comme il ne se decouvre jamais.

. . Et il s’estime un tres chic type: des amours, des duels, du talent et une complete indifference pour les hochets de gloire. VIII Longchamps, le matin. La pluie striant de rayures fragmentees l’enfilade des tribunes vides.

Et la pelouse palotte. Doriaste eprouve son epee. Le mari enleve ses manchettes et, febrile, ne parvient pas a boutonner son gant. Il dut souffrir affreusement, ce noble. Ses yeux paraissent glauques; ses cheveux gris sont tout ebouriffes et, dans sa figure, les rides frissonnent. Le jeune homme remarque qu’il le gene a l’examiner ainsi. Lui-meme se sent tres vigoureux, un robuste male, et il se compare en soi aux heros ecossais de Walter Scott; et son epee, il la nomme muettement claymore. Puis, tout entier, l’accapare le soin de prevoir quelles seront les premieres passes. Et les preparatifs ne se terminent pas. Les temoins causent sans agir.

Un leger malaise lui resserre les entrailles et la gorge. Alors, pour se distraire d’apprehensions vagues qui, subrepticement, l’envahissent, il s’interesse aux passants matineux, groupes proche. Il y a un garcon boucher robuste, les hanches enveloppees de toiles sanglantes, la tete fixe sous une corbeille grasse.

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