N’ecrivant que rarement a son aine, mais protestant chaque fois des changements qui s’etaient operes en

Qu’il crut ou non a ces protestations, le prince ne jugea pas devoir se dispenser d’annoncer a son frere qu’il etait sur le point de se marier avec une noble heritiere, jeune, belle et riche, que le mariage devait incessamment se conclure; et peut-etre dans la persuasion que, a cause de la distance, le duc ne pourrait venir, il l’invita a assister a la benediction nuptiale. Si telle fut sa pensee, il se trompa; le duc arriva la veille meme du mariage. Son frere l’accueillit fort bien, lui assigna un appartement dans son palais; le lendemain l’union projetee s’accomplit. La conduite du duc fut irreprochable; demeure pres de son frere, il semblait s’appliquer a lui complaire en tout et a prouver a chaque occasion que sa conversion etait sincere. Bref, il joua si bien son role que tout le monde y fut trompe, le prince le premier qui non seulement lui rendit son amitie, mais encore ne tarda pas a lui accorder sa confiance entiere. Depuis plusieurs mois deja le duc etait revenu de ses voyages, il semblait avoir pris la vie au serieux et n’avoir qu’un desir: celui de reparer les fautes de sa jeunesse. Accueilli dans toutes les familles, avec un peu de froideur d’abord, mais bientot avec distinction, il etait presque parvenu a faire oublier les erreurs de sa vie passee, lorsque je ne sais a propos de quelle fete ou de le site quel anniversaire, eurent lieu dans le pays des rejouissances extraordinaires; naturellement le prince, comme c’etait son devoir, prit l’initiative des divertissements et meme a l’instigation de son frere il resolut pour leur donner plus d’eclat d’y jouer lui-meme un role important. Il s’agissait de representer une espece de tournois: la premiere noblesse des pays environnants avait avec empressement offert son concours a l’exemple du prince; enfin le jour des joutes arriva. La jeune epouse du prince assez avancee dans une grossesse laborieuse, poussee par un de ces pressentiments qui viennent du coeur et qui ne trompent jamais, essaya vainement d’empecher son mari de descendre dans la lice, lui avouant au milieu des larmes qu’elle redoutait un malheur; le duc se joignit a sa belle-soeur pour engager son frere a s’abstenir de paraitre dans le tournoi autrement que comme spectateur, mais le prince qui croyait son honneur engage, fut inebranlable dans sa resolution, plaisanta, traita leurs craintes de chimeriques, et monta a cheval pour se rendre au lieu du tournoi. Une heure plus tard, on le rapportait mourant.

Par un hasard extraordinaire, une fatalite inouie, le malheureux prince avait trouve la mort, la ou il ne devait rencontrer que le plaisir. Le duc temoigna une douleur extreme de la mort si affreuse de son frere. Le testament du prince fut immediatement ouvert, il nommait son frere legataire universel de tous ses biens, a moins que la princesse dont, ainsi que nous l’avons dit, la grossesse etait avancee, ne donnat le jour a un fils; auquel cas, ce fils heriterait de la fortune et des titres de son pere, et demeurerait jusqu’a sa majorite sous la tutelle de son oncle.

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