Ne se doutant guere du passe de sa mere, qui inventa mille ingenieux mensonges pour lui

La Faenza, de son cote, etait litteralement folle de son fils, de son beau Philippe. La propriete ou l’ancienne courtisane resolut d’expier ses peches mignons etait une charmante villa aux contrevents verts autour desquels couraient comme des reptiles les volubilis et les capucines au calice sanglant. Un petit bois croissant a l’aventure l’enveloppait du mystere exquis de ses ombres fuyantes. Dans le recoin le plus obscur, sous le parasol d’un grand polonia, les gazouillis des piverts se melaient au tintement de l’eau que l’urne d’une nymphe versait dans le petit bassin de marbre ronge de mousse et de jaunes lichens. La mere et le fils menaient la depuis plusieurs mois une vie douce et paisible. Ils avaient l’un pour l’autre des petits soins frisant parfois le ridicule, des tendresses excessives entrecoupees de feintises de bouderie. La Faenza avait completement oublie son existence d’autrefois: les tribunes des courses et les baignoires des petits theatres, les cavalcades dans les Pyrenees et les parties de yacht a Trouville, les grands diners dans son splendide hotel du parc Monceau, et les petits soupers au cabaret, ou les carafes de champagne et les chartreuses de toutes couleurs rendaient les inenarrables boudines plus betes que nature. Elle avait meme fini par se figurer tres sincerement avoir ete toute sa vie une sainte femme. Cependant, malgre toute leur tendresse mutuelle, l’intimite, cette intimite franche et pleine d’abandon, entre la mere qui a fesse son enfant et l’enfant grandi sous les jupes de sa mere, ne venait pas.

Et c’etait naturel. La Faenza avait vu son fils, depuis sa fugue avec le sous-prefet, une seule fois comme on sait, a une epoque ou l’enfant n’etait encore qu’un moutard. Elle le revoyait tout a coup grand jeune homme avec des moustaches terribles et une balafre martiale sur la tempe. Pour le fils, la mere etait une etrangere, on aurait pu dire qu’il la voyait pour la premiere fois. Apres cela, on s’expliquera facilement pourquoi se surprenaient-ils par moment a se dire _vous_, a avoir dans leurs relations des reserves incomprehensibles et des politesses inutiles.

Madame Verdal avait depouille la Faenza, l’hetaire etait definitivement morte en elle.

Sa toilette fut severe: des robes de soie noire avec garniture de jais. Tres peu de bagues et des boucles d’oreille d’une ravissante modestie.

Elle adopta pour coiffure les bandeaux plats et eut pour tout fard l’honnete poudre de riz. Avec une pareille conduite et des rentes tres serieuses, on s’imagine que les voisins de campagne ne pouvaient pas lui refuser leur estime. Parmi les belles relations de l’ex-courtisane, il faut placer, au premier rang, la famille Mouflet, composee du papa evariste Mouflet, ancien notaire, provincial insipide atteint d’une drive master manie incurable de calembredaine; de la maman Olympe, femme honnete et respectee, qui n’avait eu pour amant que les trois ou quatre clercs de son mari, et de leurs trois filles, pas mal tournees, ma foi, pour des filles de notaire.

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