–ne me reconnaissez-vous donc pas, don horacio? dit alors dona maria d’une voix douce; la douleur

Au meme instant, les tapisseries furent soulevees, lus portes ouvertes, et une vingtaine de personnes entrerent dans la chambre.

–Ah! Vous avez appele des temoins, fit don Antonio d’une voix railleuse, que votre sang retombe sur votre tete alors! Et se tournant vers les hommes qui se tenaient immobiles derriere lui: Sus a ces miserables! leur cria-t-il, tuez-les comme des chiens! Et il sauta sur une paire de revolvers a six coups, places sur une table a sa portee. Mais personne ne bougea. –Bas les masques! dit le personnage qui seul jusqu’alors avait parle, ils sont inutiles maintenant; c’est a visage decouvert qu’il nous faut parler a cet homme. D’un geste il enleva le loup qui lui couvrait ce site le visage; ses compagnons l’imiterent. Le lecteur les a reconnus deja; c’etaient don Jaime, Domingo, le comte Ludovic, Leo Carral, don Diego, et Loick le ranchero. –Maintenant, senor, reprit don Jaime, quittez votre nom d’emprunt comme nous avons jete nos masques; me reconnaissez-vous? Je suis don Jaime de Bivar, le frere de votre belle-soeur; depuis vingt-deux ans je vous suis pas a pas, seigneur don Horacio de Tobar, epiant toutes vos demarches et cherchant la vengeance que Dieu m’accorde enfin, grande et complete ainsi que je l’avais revee. Don Horacio releva fierement la tete, et toisant du haut en bas don Jaime avec une expression de souverain mepris: –Eh bien apres, mon noble beau-frere, lui dit-il, car ainsi que vous le desirez je renonce a feindre et je consens a vous reconnaitre; quelle si belle vengeance et si complete avez-vous donc conquise apres vingt-deux ans, noble descendant du cid Campeador? Celle de me contraindre a me tuer? La belle avance! Est-ce qu’un homme de ma trempe n’est pas toujours pret a mourir? Que pouvez-vous de plus? Rien, en supposant que je roule la sanglant a vos pieds, j’emporterai avec moi dans ma tombe le secret de cette vengeance que vous ne soupconnez meme pas, et dont tous les benefices me restent, car je vous leguerai, en mourant, un plus profond desespoir que celui qui dans une nuit a blanchi les cheveux de votre soeur. –Detrompez-vous, don Horacio, repondit don Jaime; vos secrets je les connais tous, et quant a vous tuer, cette consideration n’entre pour moi qu’en seconde ligne dans mon plan de vengeance; je vous tuerai oui, mais par la main du bourreau, vous mourrez, deshonore; de la mort des infames, du _garote_ enfin! –Tu mens, miserable! s’ecria don Horacio avec un rugissement de bete fauve, moi, moi, le duc de Tobar! Noble comme le roi! Moi appartenant a l’une des plus puissantes et des plus anciennes familles d’Espagne! Mourir du garote! La haine t’egare, tu es fou te dis-je! Il y a un ambassadeur de Sa Majeste au Mexique. –Oui, repondit don Jaime, mais cet ambassadeur t’abandonne a toutes les rigueurs des lois mexicaines. –Lui, mon ami, mon protecteur, celui qui m’a presente au President Miramon? Cela n’est pas, cela ne peut pas etre; d’ailleurs qu’ai-je a craindre des lois de ce pays, moi, etranger? –Oui, un etranger qui a pris du service au Mexique avec un gouvernement pour le trahir au benefice d’un autre, cette lettre que tu demandais avec tant d’insistance au colonel don Felipe, et qu’il n’a pas voulu te vendre il me l’a donnee pour rien a moi, et ces lettres si compromettantes pour toi qui t’ont ete enlevees a Puebla, grace a don Estevan que tu ne connais pas et qui est ton cousin, se trouvent en ce moment entre les mains de JuArez; ainsi de ce cote-la tu es perdu sans ressources, car tu te lesais, la clemence n’est pas une des vertus saillantes du senor don Benito JuArez; enfin, ton secret le plus precieux, celui que tu crois si bien garde, je le possede aussi: je connais l’existence du frere jumeau de dona Carmen, de plus je sais ou il est et le puis, si je le veux, faire paraitre a l’improviste devant toi: regarde, voici l’homme auquel tu avais vendu ton neveu, ajouta-t-il en designant Loick immobile pres de lui.

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