–n’avez-vous pas combattu contre nous? –c’est vrai, mais nous etions dans le cas de legitime defense;

–Bon, bon, passez. –Nous voulons donc avoir le droit d’emporter avec nous, sur des mules, tout ce qui nous appartient. –Est-ce tout? –A peu pres, acceptez-vous ces conditions? –Je les accepte.

–Bon, seulement il nous reste une petite formalite a remplir. –Une formalite! Laquelle donc? –Celle des otages. –Comment des otages, n’avez-vous pas ma parole? –Parfaitement. –Eh bien! Que demandez-vous de plus? –Je vous l’ai dit, des otages; vous comprenez bien, senor, que je n’irai pas ainsi confier la vie de mes compagnons et la mienne, je ne dirai pas a vous, j’ai votre parole, et je la crois bonne, mais a vos soldats, qui en braves guerilleros qu’ils sont ne se feraient aucun scrupule, si nous avions la folie de nous livrer entre leurs mains, pour nous ranconner et peut-etre nous faire pis; vous ne commandez pas des troupes regulieres, senor, et si severe que soit la discipline que vous maintenez dans votre cuadrilla, je doute qu’elle aille jusqu’a faire respecter vos prisonniers, lorsque vous n’etes pas la pour les proteger de votre presence.

Cuellar, interieurement flatte des paroles du comte, lui sourit gracieusement. –Hum! dit-il, ce que vous dites la peut etre vrai jusqu’a un certain point.

Bref, quels sont ces otages que vous desirez, et combien en voulez-vous? –Un seul, senor, vous voyez que c’est bien peu. –Bien peu, en effet, mais quel est cet otage? –Vous-meme, repondit nettement le comte. –!Canarios! fit Cuellar en ricanant, vous n’etes pas degoute! Celui-la site de l’entreprise vous suffirait en effet. –Aussi n’en voulons-nous pas d’autres. –C’est fort malheureux.

–Pourquoi donc? –Parce que je refuse, !caray! Et qui me servirait de caution, a moi s’il vous plait? –La parole d’un gentilhomme francais, caballero, repondit fierement le comte, parole qui jamais n’a ete engagee en vain. –Ma foi, reprit Cuellar avec la bonhommie qu’il possede si bien, et qui, lorsque cela lui convient, le fait prendre pour le meilleur homme du monde, j’accepte, caballero, il en arrivera ce qui pourra, je suis curieux de mettre un peu a l’epreuve cette parole dont les Europeens sont si fiers; c’est donc convenu, je vous sers d’otage; maintenant combien de temps demeurerais-je pres de vous? Il est fort important pour moi de regler cette question. –Nous ne vous demanderons pas autre chose que de nous suivre jusqu’en vue de Puebla; une fois la, vous serez libre, vous pouvez meme, si cela vous plait, prendre avec vous une escorte d’une dizaine d’hommes pour assurer votre retour.

–Allons, voila qui est dit, je suis des votres, caballero; don Melchior vous demeurerez ici pendant mon absence et vous veillerez a ce que tout marche bien. –Oui, repondit sourdement don Melchior. Le comte, apres avoir dit quelques mots a voix basse au mayordomo, s’adressa de nouveau a Cuellar: –Senor, lui dit-il, veuillez, je vous prie, donner l’ordre que les peones soient amenes; puis, pendant que vous demeurerez pres de nous, no Leo Carral ira tout preparer pour notre depart.

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