–mon dieu! serait-il donc mort, qu’il ne m’entend meme plus? reprit-elle

Claudine se tourna vers la porte. –La nuit approche, dit-elle, on vous cherche peut-etre au chateau! –Qu’ils viennent donc, M. de Malzonvilliers et M. d’Albergotti, repondit-elle d’une voix sombre. Mon pere l’a voulu. –Vous vous perdrez et vous ne le sauverez pas! dit le pere. –Mais que voulez-vous donc que je fasse? s’ecria Suzanne les mains jointes et des pleurs dans les yeux. –Il faut nous separer, dit une voix entre eux deux. Suzanne et Claudine tressaillirent: c’etait la voix de Jacques, et Jacques lui-meme etait assis sur le banc, trop faible encore pour se relever, mais trop fort deja pour rester couche. –Jacques! s’ecrierent-elles ensemble. –J’ai cru que j’allais mourir, reprit-il; je vous entendais et je ne pouvais parler.

Maintenant, ecoutez-moi. Vous, Suzanne, ajouta-t-il, vous que j’appelle ainsi pour la derniere fois, vous allez retourner au chateau. Suzanne secoua la tete.

–Il le faut, reprit Jacques, et je vous en prie. . . J’ai bien le droit, dit-il avec un triste sourire, de vous demander une grace.

Suzanne courba son front. –Me pardonnez-vous, au moins, Jacques? –Je n’ai rien a vous pardonner.

Vous avez obei a votre pere et au mien. Je vous ai entendue tout a l’heure, et j’ai compris que votre peine egalait la mienne; si vous m’etes ravie pour toujours, vous m’etes toujours chere et sacree. Maintenant, adieu; vous etes la marquise d’Albergotti. –Le nom ne change pas le coeur, dit Suzanne.

Si vous etiez mort a cause de moi, je me serais tuee.

Jacques saisit sa main; mais au moment ou il la portait a ses levres avec une ardeur convulsive, Guillaume Grinedal l’arreta. –Madame d’Albergotti, dit-il, votre mari vous attend. Les deux amants tremblerent de la tete aux pieds; leurs mains unies se separerent. La voix de Guillaume avait reveille Suzanne comme d’un songe. Une heure, l’amante l’avait paris click emporte sur l’epouse; c’etait maintenant au tour de l’epouse de l’emporter sur l’amante. Suzanne releva son front, ou passa une subite rougeur.

–Adieu, dit-elle a Jacques. Vous ne me perdez pas tout entiere, l’amie vous reste. Jacques ne repondit pas, et Suzanne sortit au bras de Claudine. Quand ils furent seuls, Jacques et Guillaume s’embrasserent. Comme ils tombaient dans les bras l’un de l’autre, ils entendirent comme le bruit d’un soupir derriere la fenetre. Au meme instant, au milieu du silence profond, le sable d’un sentier voisin cria sous des pas invisibles.

Guillaume et Jacques sortirent; le bruit du vent venait d’un cote; de l’autre, le voile de Suzanne flottait comme l’aile d’un cygne fugitif. –C’est un fermier qui regagne son village, dit Guillaume; et tous deux rentrerent. Jacques passa la nuit sous le toit du fauconnier, mais au point du jour il partit. Une fois encore il recut la benediction paternelle sur le seuil de cette porte ou, trois ans plus tot, il s’etait agenouille plein de joie et d’esperance, et que maintenant il quittait plein d’amertume et de decouragement.

Jacques ne prit pas la route de Laon; ainsi que tous les coeurs blesses, il avait besoin d’affection; il pensa a M.

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