Mon cher baron, j’ai l’honneur de vous presenter dona maria ma soeur et dona carmen ma

Bien que, avec intention sans doute, l’aventurier eut supprime la moitie du nom des dames, le jeune homme ne parut pas s’en apercevoir et les salua respectueusement. –Maintenant, reprit gaiment don Jaime, vous voici de la famille, vous connaissez notre hospitalite espagnole, si vous avez besoin de quelque chose parlez, nous sommes tous a vos ordres. On s’assit et tout en se rafraichissant on causa.

–Vous pouvez parler en toute franchise, baron, dit don Jaime, ces dames sont au courant de l’affreux evenement de l’Arenal. –Plus affreux que vous ne le supposez sans doute, fit le jeune homme, et puisque vous vous interessez a cette malheureuse famille, je crains d’ajouter encore a votre douleur et d’etre un messager de mauvaises nouvelles. –Nous sommes intimement lies avec don Andres de la Cruz et sa charmante fille, repondit dona Maria. –Alors, madame, pardonnez-moi de n’avoir que des choses tristes a vous apprendre. Le jeune homme hesita. –Oh! Parlez, parlez. –Je n’ai que quelques mots a dire: les Juaristes se sont empares de Puebla, la ville s’est rendue a la premiere sommation. –Les laches! fit l’aventurier en frappant la table du poing. –Vous l’ignoriez? –Oui, je la croyais encore au pouvoir de Miramon.

–Le premier soin des Juaristes a ete, selon leur coutume invariable, de ranconner et d’emprisonner les etrangers et surtout les Espagnols residants dans la ville; quelques-uns memes ont ete fusilles sans autre forme de proces; les prisons regorgent, on a ete oblige de se servir de plusieurs couvents pour renfermer les prisonniers; la terreur regne a Puebla. –Continuez, mon ami. . . et don Andres? –Don Andres, vous le savez sans doute, est gravement blesse. –Oui, je le sais. –Son etat laisse peu d’espoir; le gouverneur de la ville, malgre les representations de personnes notables et les prieres de tous les honnetes gens, a fait enlever don Andres comme atteint et convaincu de haute trahison; ce sont les termes memes du mandat d’amener; malgre les larmes de sa fille et de tous ses amis il l’a fait transferer dans les cachots de l’ancienne inquisition; la maison habitee par don Andres a ete pillee et demolie. –Mais c’est affreux, c’est de la barbarie. –Oh! Ceci n’est rien encore. –Comment, rien? –Don Andres a ete mis en jugement et comme il protestait de son innocence, malgre tous les efforts des juges pour l’obliger a s’accuser soi-meme, il a ete applique a la torture. –A la torture! s’ecrierent les auditeurs, avec un geste d’horreur. –Oui, ce vieillard blesse, mourant, a ete suspendu par les pouces et a recu l’estrapade, et cela a deux reprises differentes; malgre ce martyre, ses bourreaux n’ont pu reussir a le contraindre a avouer les crimes qu’ils le site lui imputent et dont il est innocent. –Oh! Ceci passe toute croyance, s’ecria don Jaime, et sans doute le malheureux est mort? –Pas encore, ou du moins il ne l’etait pas a mon depart de Puebla, il n’est meme pas condamne, rien ne presse les bourreaux, le temps leur appartient, ils jouent avec leur victime.

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