–moi je n’aime pas les vers, observa hanser de plus en plus depite

–On ne vous demande pas votre avis, clamerent a la fois ces dames. –Voici les vers, dit Gros-Renaud, en prenant une pose, et il recita: Par les brouillards violets, Qu’il bruine ou bien qu’il neige, Sous sa jupe de barege, Laisse trotter ses mollets– La petite bouquetiere. Des roses blemes dans sa Corbeille, roussette et blanche, S’en va, tanguant de la hanche, Faisant des yeux comme ca– La petite bouquetiere. Et ses reves familiers La montrent deja paree D’une robe mordoree Avec de jolis souliers– La petite bouquetiere. –Pas mal, epilogua Leonie Clauss. –Il y a des mots que je ne comprends pas, avoua naivement Julia Lebreton. Hanser et de Tretel resterent cois. –Connaissez-vous son vrai nom? car OEil-Chinois ne peut etre qu’un sobriquet, insista Blanche d’etanges. –Notre ami Guy Bouffard la baptisa ainsi a cause de ses yeux qui rappellent les dames des kakemonos. –Caque, caque. . . quoi? s’esclaffa Julia. –Les kakemonos, ma chere, c’est des articles japonais; c’est des bandes d’etoffes avec de la peinture dessus. –Peste! Quelle erudition, mademoiselle. –Vous saurez, monsieur Gros-Renaud, que j’ai ete employee dans un magasin de japoneries. . .

du temps de mon honnetete.

–Je vous vois d’ici parmi les magots, fit le lourd financier qui cherchait le site a se venger de Leonie. Gros-Renaud continua: –OEil-Chinois s’appelle tout betement Clara Thureaux. Sur son pere, je ne sais rien de precis. Sa mere, une ancienne blanchisseuse, pensa que la fillette, avec sa frimousse bizarre, ses crins roux sur le dos, et son coup de hanche shocking, pourrait rapporter gros en vendant des violettes et des roses le long du Boul’Mich, et dans les brasseries ou des futurs notaires et des dondons a sacoches marivaudent. Elle avait raison la brave femme. Le succes de la petite Clara fut immense. L’un lui achetait une rose pour lui prendre le menton, l’autre un bouquet de violettes pour lui passer la main dans ses cheveux denoues. Sa conversation etait tres amusante. Elle avait de ces reparties ingenument perverses qui emoustillent. Il parait meme que bientot le sexe faible la disputa au sexe fort, la gentille bouquetiere n’ayant pas manque de toucher le coeur de mainte verseuse de bocks. L’une voulait remplacer ses chaussettes d’estame par des bas de soie fine; l’autre la comblait de presents en chrysocale; une troisieme la faisait calamistrer par son coiffeur.

. . –Et ce fin mot? interrompit Hanser avec un baillement ironique. –Oui, ce fin mot, repercuta de Tretel. –Pas d’interruptions! commanda Blanche. –Nous y arrivons, messieurs: A dix-sept ans, la bouquetiere se laissa enlever par un etudiant exotique quelconque. Elle frequenta Bullier, le restaurant Boulant et l’arbre de Robinson. Il serait superflu de la suivre a travers les diverses etapes qui constituent l’histoire banale de. . . –Vous toutes, mesdames, interrompit de nouveau le financier metteur-dans-le-plat. –Malhonnete! dit Blanche. –Idiot! fit Leonie. –Veau! gronda Julia. Le narrateur feignit l’indignation: –Je reprends, monsieur Hanser, vous m’avez empeche de placer un mot spirituel.

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