Mme de chateaufort suivait la route de marchienne-au-pont

A un quart de lieue de ce bourg, elle prit un chemin sur la droite, gagna la campagne de Landely, et s’arreta a cent pas des bords de la Sambre, devant un ici pavillon de chasse dont une espece de garde lui ouvrit la porte.

M. de Villebrais ne la voyant pas sortir, cotoya les bords de la riviere, trouva un gue, poussa son cheval et traversa la Sambre, ayant tantot de l’eau jusqu’a l’eperon, tantot jusqu’aux hanches.

Apres avoir attache son cheval au tronc d’un vieux saule, il se dirigea doucement vers le pavillon, en fit le tour, et quand il eut reconnu les etres, il reprit au galop la route de Charleroi, laissant son acolyte en sentinelle dans le taillis. Au coucher du soleil, M. de Villebrais avait reuni quatre ou cinq de ses gens, et leur avait donne rendez-vous a Landely. Chacun devait s’y rendre de son cote. Quant a lui, il se coucha dans un fosse sur le bord de la route qu’avait suivie Mme de Chateaufort et attendit. Cependant, a l’heure convenue, Belle-Rose vit s’avancer Camille, qui gouvernait d’une main sure un beau genet d’Espagne. –etes-vous pret? lui dit le faux page.

Belle-Rose, pour toute reponse, sauta sur un cheval que Grippard tenait par la bride. Camille lacha les renes du genet, et Belle-Rose piqua des deux a sa suite. Ils n’avaient pas fait un quart de lieue qu’ils entendirent un cavalier courant a bride abattue sur la route. Belle-Rose se retourna, et, dans le clair-obscur, il reconnut son frere qui arrivait sur lui comme la foudre.

–Cornelius est pres de Claudine, Claudine m’envoie pres de toi, lui dit Pierre. Belle-Rose lui tendit la main, et tous trois, penches sur la croupe des chevaux, passerent comme des fantomes. M. de Villebrais se dressa, un amer sourire eclaira son visage. –Si Mme de Chateaufort me le livre, dit-il, je pourrai bien, au prix de l’homme, pardonner a la femme. Il y avait entre Marchienne-au-Pont et Charleroi, sur la route la plus directe de Landely, un regiment de cavalerie dont il etait impossible, apres le coucher du soleil, de traverser le bivouac sans avoir le mot d’ordre.

M.

de Villebrais, qui n’ignorait pas cette circonstance, tourna au midi de Charleroi, passa la Sambre un peu au-dessous du camp, et se lanca dans la campagne, du cote de Landely. Le ciel etait pur, et la lune, qui montait a l’horizon, guidait sa marche rapide. Au bout d’une heure, il vit parmi les arbres, et de l’autre cote de la Sambre, qui s’epanchait entre deux rives sombres comme une ceinture d’argent, une lumiere qui tremblait. M. de Villebrais fouetta son cheval, qui hennit de douleur et bondit sur le sable. D’autres hennissements lui repondirent sur les deux rives. –Ils sont la! pensa M. de Villebrais.

–Et, penche sur l’encolure du cheval qui mordait son frein, il se mit a chercher le gue sur le rivage. Il crut le reconnaitre a une pierre qu’il avait remarquee dans la soiree, et il se jeta hardiment dans l’eau qui semblait rouler des vagues de diamants. Cependant Camille et Belle-Rose atteignirent le pavillon de Landely.

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