Miramon ne s’emut que mediocrement de cette declaration insolite, fort du droit qu’il croyait avoir et

 » Et, le gardant en otage, tout en le traitant avec une certaine consideration et ayant pour lui les plus grands egards, il l’obligea a l’accompagner dans une campagne qu’il entreprenait dans les provinces de l’interieur du cote de Guadalajara contre les generaux du parti oppose qui avaient, ainsi que nous l’avons dit, pris le nom de constitutionnels. Zuloaga n’opposa aucune resistance; il se resigna en apparence a son sort, et accepta les consequences de sa position jusqu’a se plaindre a Miramon de ce qu’il ne lui donnait pas un commandement dans son armee; celui-ci se laissa tromper a cette feinte resignation et lui promit qu’a la premiere bataille son desir serait satisfait. Mais, un beau matin, Zuloaga et les aides de camps qu’on lui avait donnes, plutot pour le garder que pour lui faire honneur, disparurent subitement et on apprit quelques jours plus tard qu’ils s’etaient refugies aupres de JuArez, d’ou Zuloaga recommenca de plus belle a protester contre la violence dont il avait ete victime et a fulminer des decrets contre Miramon. JuArez est un Indien cauteleux, ruse et profondement dissimule; politique habile, c’est le seul president de la republique qui depuis la declaration de l’independance n’appartienne pas a l’armee. Sorti des rangs infimes de la societe mexicaine, il s’eleva peu a peu a force de tenacite au poste eminent qu’il occupe aujourd’hui; connaissant mieux que personne le caractere de la nation qu’il pretendait gouverner, nul ne savait aussi bien que lui flatter les passions populaires et exciter l’enthousiasme des masses. Doue d’une ambition demesuree qu’il cachait avec soin sous les dehors d’un amour profond pour sa patrie, il avait reussi a se creer peu a peu un parti qui a l’epoque dont nous parlons etait devenu formidable.

Le president constitutionnel avait organise son gouvernement a la Veracruz et guerroyait du fond de son cabinet le site par ses generaux contre Miramon. Bien qu’il ne fut reconnu par aucune puissance, excepte par les etats-Unis, il agissait comme s’il eut ete le veritable et legitime depositaire du pouvoir de la nation; l’adhesion de Zuloaga qu’il meprisait au fond du coeur a cause de sa couardise et de sa nullite lui fournit l’arme dont il avait besoin pour mener ses projets a bonne fin; il en fit en quelque sorte l’enseigne de son parti, pretendant que Zuloaga devait d’abord etre reintegre au pouvoir dont il avait ete violemment arrache par Miramon, puis qu’on procederait a de nouvelles elections.

Du reste, Zuloaga n’hesita pas a le reconnaitre solennellement comme seul president, legitimement nomme par l’election libre des citoyens. La question etait nettement tranchee: Miramon representait le parti conservateur, c’est-a-dire celui du clerge, des grands proprietaires et du haut commerce; JuArez representait, lui, le parti democratique absolu. La guerre prit alors des proportions formidables. Malheureusement pour faire la guerre il faut de l’argent, et l’argent etait ce dont JuArez manquait totalement; voici pour quelle raison.

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