–merci, laissons ce sujet et revenons a ce que nous disions; je ne veux pas par

–Cela n’est malheureusement que trop probable general; mais alors que comptez-vous faire? Quel est votre projet? Vous n’avez pas sans doute l’intention de vous livrer entre les mains de vos ennemis? –J’en ai eu la pensee un instant, mais j’y ai renonce; voici le plan que j’ai forme, il est simple: sortir de la ville avec six mille hommes environ, l’elite de mes troupes, marcher droit a l’ennemi, le surprendre et le battre en detail avant que ses differents corps aient eu le temps d’operer leur jonction et de se souder definitivement les uns aux autres. –Ce plan est fort simple en effet, general, a mon avis il offre de grandes chances de reussite. –Tout dependra de la premiere bataille: gagnee, je suis sauve, perdue, tout est fini sans remede. –Dieu est grand, general! La victoire n’est pas toujours pour les gros bataillons. –Enfin qui vivra verra! –Quand comptez-vous mettre votre plan a execution. –Dans quelques jours, il me faut le temps de le preparer; avant dix jours je serai en mesure d’agir et je quitterai immediatement la ville; je compte sur vous, n’est-ce pas? –Pardieu, general, ne suis-je pas a vous, corps et ame? –Je le sais, mon ami, mais assez de politique: Quant au present, accompagnez-moi, je vous prie, dans les appartements de madame Miramon; elle desire vivement vous voir. –Cette gracieuse invitation me comble de joie, ici general, j’aurais cependant desire vous parler d’une chose fort importante. –Plus tard, plus tard, treve je vous prie, aux affaires, peut-etre s’agit-il d’une nouvelle defection ou d’un traitre a punir? J’apprends depuis quelques jours assez de ces mauvaises nouvelles pour desirer jouir de quelques heures de repit: ainsi que disait cet ancien, a demain les affaires serieuses. –Oui, repondit don Jaime avec intention, et le lendemain il n’etait plus temps.

–Soit, a la grace de Dieu! Jouissons du present.

C’est le seul bien qui nous reste, puisque l’avenir ne nous appartient plus. Et prenant don Jaime par dessous le bras, il l’entraina doucement sans que celui-ci, osat resister davantage, dans les appartements de madame Miramon, charmante femme, aimante et timide, veritable ange gardien du general, que les grandeurs de son mari effrayait et qui ne se trouvait heureuse que dans la vie intime du foyer domestique, entre ses deux enfants.

XXXV JESUS DOMINGUEZ Au bout d’une heure, don Jaime sortit du palais et suivi de Lopez il se rendit a la maison du faubourg, ou il trouva le comte et son ami qui, tout entiers a leur amour et indifferents aux evenements qui se passaient autour d’eux, passaient des journees entieres avec celles qu’ils aimaient, jouissant avec cette heureuse insouciance de la jeunesse, du present qui leur semblait si doux, sans vouloir songer a l’avenir. –Ah! Vous voila, mon frere, s’ecria dona Maria avec joie, que vous devenez rare! –Les affaires! repondit en souriant l’aventurier. La table etait dressee au milieu de la salle, les deux domestiques du comte immobiles devant les dressoirs se disposaient a servir et Leo Carral, une serviette sur le bras, attendait qu’on se mit a table.

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